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essamog.fr |
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Le Marie
Élisabeth |
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Tout commence par une soirée de 1935, le 16 mai. A Biarritz Gaston Pommereau, armateur de Socoa, prononce une conférence sur le thème des nouvelles techniques de pêche au thon adoptées par les américains en Californie, la pêche au thon à la canne à l’appât vivant. Il faudra cependant attendre la fin de la guerre pour procéder aux premiers essais. |
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En 1946, au cinéma le Select de St Jean de Luz, Gaston Pommereau présente un film tourné aux Galapagos sur la technique de l’appât vivant mais, pour les patrons pêcheurs invités, cette projection fit l'effet d'une galéjade. "Habitués à pêcher avec des lignes de plusieurs dizaines de mètres et à lutter péniblement avec le thon ils ne pouvaient admettre que des hommes arrachent de l'eau, à toutes vitesse, des thons de bonne taille avec une canne à pêche". |
Aux Etats Unis, sur la côte
ouest, la pêche au thon est particulièrement développée autour des
ports de San Pédro et San Diégo à l'initiative des portugais qui
avaient émigré en Californie. En 1948 y seront ainsi débarqués
165.000 tonnes de thon. A San Diego 250 clippers pratiquent la pêche
au thon à l’appât vivant et la congélation immédiate des poissons. |
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"Dans le bateau on avait 5O cannes mais dans la saison on en cassait autant alors chacun en prenait une centaine. On allait les couper dans les Landes, du côté de Tartas. Au début c'était gratuit, après ils nous faisait payer mais c'était pas cher". Michel se souvient également de ses premières leçons pour apprendre à utiliser les cannes, avec un seau en bois, celui qui servait pour laver le pont. Il était amarré au bout d'une canne, plein d'eau et il devait le ramener comme si c'était un thon "Maintenant donnes ton coup de rein, vas y , fait venir le seau à côté de tes pieds. pêche droit, allez tire" |
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1953 l'Afrique à l'horizon |
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Dès 1948, les uns après les autres, les thoniers luziens adoptent la technique de la pêche à la canne à l’appât vivant équipant leurs bateaux à moteurs de viviers en bois et ils confortent ainsi leur place de champions de la pêche au thon germon dans le Golfe de Gascogne tandis que les bretons continuent de tirer leurs lignes traînantes avec leurs thoniers à voiles. Les 4000 tonnes débarquées par les luziens en 1953 ne sont cependant pas suffisantes pour faire vivre la flottille des sardiniers-thoniers car, pour la 4ème année consécutive, la sardine est absente des eaux basques. La Direction Syndicale Coopérative retient alors l’idée de pratiquer, durant l’hiver, la pêche au thon sur les côtes africaines en débutant par celles du Maroc. C'est également l'idée des conserveurs qui confient une nouvelle mission à Albert Elissalt avec un ordre précis : "Dans le cas ou les thoniers français, bretons ou basques, voudraient pratiquer la pêche dans ces parages, cela leur serait il possible? Quels ports pourraient les recevoir? Leur poisson pourrait il être utilisé sur place ou entreposé et refroidi pour être dirigé ensuite sur les usines françaises ?" Albert Elissalt visite ainsi Port Etienne en Mauritanie puis Dakar, les deux seules bases possibles pour de telles opérations. Dakar dispose de toutes les commodités d'un grand port avec en particulier un tout nouveau entrepôt frigorifique devant entrer en service en janvier ou février 1954. A Port Etienne, par contre, les installations portuaires sont inexistantes. Des crédits pour la construction d'un quai, d'un slipway, d'une fabrique de glace ont cependant été votés et les travaux pour la construction d'un véritable port devraient être terminés en 1955. Albert Elissalt s'intéresse de très près à ces installations car en cette fin 1953 c'est bien avec Port Etienne pour tête de pont que les conserveurs français envisagent de développer leurs activités métropolitaines dès la prochaine saison d'été. Leur projet est de louer un bateau congélateur, le El Mabrouk, pour la période de juillet à novembre le thon congelé étant ramené en France par "transports ordinaires munis de chambres frigorifiques" Albert Elissalt n'est pas cependant très favorable à cette solution mauritanienne parce qu'elle présente à l'époque de trop nombreuses incertitudes. En attendant la réalisation des travaux d'aménagement portuaire il préconise de s’installer plutôt à Dakar Dans sa belle villa dominant la baie de St Jean de Luz, Albert Elissalt a gardé intacts les souvenirs de son voyage en Afrique Occidentale Française en décembre 1953. "A Dakar il y avait un
bateau, le Gérard Tréca. J'arrivais vers midi, il faisait une
chaleur du diable. Ils étaient en train de prendre le Pernod. A bord
ils étaient tous bretons. J'ai aussi eu un contact avec un nommé Cadenat, un savant, sur l'Ile de Gorée. Je lui ai demandé: est ce qu'il y a du thon? Alors il me dit: oui à certains moments il y a beaucoup de thons mais vous les conserveurs, vous voulez en faire une pêche industrielle et il n'y en a pas assez pour faire une industrie. Il m'a dit ça. Et c'était un savant!" Un autre savant n'était pas du même avis. Depuis 1948, dans le cadre de l'Inspection générale de l'élevage en AOF, à bord du Gérard Tréca, Emile Postel conduit les premières prospections de pêche de surface au large de la presqu'île du Cap Vert et en 1950 il écrivait: "L'atlantique est riche en espèces de surface. Qu'attend t'on pour venir les y chercher...depuis bientôt deux ans nous nous efforçons d'attirer l'attention des pouvoirs publics et des pêcheurs sur un groupe ichtyologique dont l'importance est considérable : celui des thonidés... |
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Plus d’un demi siècle après le thon albacore n’a pas encore trouvé toutes ses lettres de noblesse et sur les boîtes son nom est souvent écrit en petits caractères tandis que le germon considéré comme l’espèce la plus noble s’inscrit en grosses lettres. L'albacore est souvent appelé thon à nageoires jaunes, traduction de l'américain yellowfin |
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Germon (en haut) albacore (dessous) |
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listao |
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Jacques Kérouédan |
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Sur les conseils de Jean Morice originaire de la Pointe du Raz, chercheur à l'ISTPM, à Audierne un jeune patron pêcheur de 29 ans, Jacques Kérouédan, s'intéresse au développement de la pêche aux Antilles. Il rêve de traverser l'atlantique et en 1952 il participe au projet de construction d'un thonier de 32 mètres pour les îles tropicales. Le financement tarde et le patron impatient décide d'acquérir un thonier désarmé à Douarnenez, le Perle de l'Aube, qu'il transforme pour pêcher le thon à la canne, à l'appât vivant. "Il était gréé comme un thonier luzien. J'ai été voir les basques pour armer mon bateau" |
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Transformé en canneur le Perle de l'Aube quittera Audierne le 18 mai 1954 |
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| Le 16 avril 1954 il écrira à Koxe Basurco le Président du Comité Local des Pêches de St Jean de Luz pour l'informer de son prochain départ et lui demander de le mettre en contact avec un marin qualifié dans la pêche à la canne à l'appât vivant que le patron breton n'avait encore jamais pratiquée | ||||||||
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Jacques
Kérouédan est convaincu de l'efficacité de cette nouvelle technique
de pêche à la canne et imagine les résultats qu'elle permettrait
d'obtenir dans les mers poissonneuses d'AOF, l'Afrique Occidentale
Française.
Il veut aller voir et il décide de convaincre
d'autres marins de tenter l'aventure avec lui. Il rédige un rapport
et prévoit déjà d'organiser une campagne, à l'américaine.
"Il serait souhaitable que
la Marine Nationale puisse prêter pour l'expérience un hélicoptère
qui, basé sur le navire transport, signalera par phonie aux pêcheurs
les bans de thon les plus proches et permettra d'accélérer la
pêche". Le patron d'Audierne organise des réunions. A
Concarneau une centaine d'auditeurs l'écoutent avec intérêt. Accueil
intéressé également à Etel puis aux Sables l'Olonne, St Jean de Luz
et enfin à Nantes ou le 3 décembre 1953 une réunion de tous les ports
thoniers de l’Atlantique est organisée en présence du Président du
Comité Central des Pêches M. Gaybriac. Jacques Kérouédan présente
son plan qui prévoit pour la première année un seul navire sur place, pour se
rendre compte des possibilités de rendement de cette pêche. La
campagne suivante huit thoniers descendraient en Afrique accompagnés
d'un navire à cales réfrigérées et commencerait ensuite l’étape de
la commercialisation... Seuls les douarnenistes sont septiques car depuis
plusieurs années, à la recherche de la langouste verte, ils
fréquentent les côtes mauritaniennes et n'ont jamais vu un
seul thon. Sans doute parce qu'ils travaillent le long des côtes à
de petites profondeurs et que le thon circule au large du plateau
continental. Quelques semaines plus tard, le 12 février 1954 l'Union des
Syndicats Français de conserves de poissons à Nantes écrit à Jacques
Kérouédan :
l'expérience que vous allez tenter dans la région de Dakar et Port
Etienne nous intéresse au plus haut point et nous voulons bien, sous
certaines conditions, vous aider pécuniairement dans votre
entreprise...nous sommes donc d'accord pour vous faire une avance de
un million de francs, sans intérêt, sous réserve des conditions
suivantes... : l'avance sera remboursée par prélèvement sur le prix
d'achat du poisson... Il est évident que vous prenez l'engagement,
en contre partie de l'avance que nous vous faisons, d'effectuer
votre expérience jusqu'à la fin de septembre 1954.
Pour les conserveurs il s'agit
d'un investissement donnant-donnant mais pour le pêcheur d'Audierne
il s'agit plutôt d'une expérience. On pourrait même écrire d'une
mission, celle de prouver qu'il est possible de pêcher le thon en
Afrique et d'attirer là bas les thoniers de la métropole. |
| Perle
de l'Aube d'Audierne à Dakar |
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Le Perle de l’Aube accoste à Casablanca le 24 mai puis escales à Safi et Agadir avant Las Palmas. "Aux Canaries j'ai eu des contacts avec des conserveurs canariens. J’ai goûté le thon albacore là bas, pour la première fois. La chair faiblement teintée est ferme et savoureuse. Elle peut supporter la comparaison avec celle du germon". Le 3 juin Jacques Kérouédan appareille pour Port Etienne et arrive à Dakar le 11 juin 1954. Il s'amarre au môle 1 devant le frigorifique qui vient d’être inauguré. |
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Lors de son passage à Port Etienne Albert Elissalt avait également goûté du thon albacore mis en boîte. "A l'ouverture le thon à nageoires jaunes avait bon aspect, la couleur en était légèrement plus foncée que celle du germon et moins foncée que celle du thon rouge. Le goût et la consistance était tout à fait satisfaisants". C'était la première fois qu'un avis était donné sur les boites de thon albacore encore inconnu en France. |
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Dans son rapport pour les conserveurs Jacques Kérouédan écrit : A mon arrivée à Dakar il y avait amarré au Môle 1 deux thoniers luziens, le Danton et l’Alegera, 15 et 14 mètres de longueur de l'armement Badiola-Rodrigo. Ces 2 bateaux transportés à Dakar sur le cargo hollandais Frau Bohmer ont été débarqués le 10 mai. Les équipages sont composés d’espagnols et d’africains". Sur place Rémy Badiola en assure l'exploitation. Le DANTON est commandé par Paul Pourteau, ancien pêcheur, ancien international de rugby qui a rejoint Agadir avec sa famille pour pêcher la sardine et le thon pendant la saison. Quelques mois plus tard l’admnistrateur en chef MC Boudou constate: les essais de ces 2 petits thoniers de la maison Badiola-Rodrigo ne sont cités que pour mémoire. Trop petits, ayant des viviers de trop faibles capacités, manquant de rayon d’action ils sont actuellement en cours de vente à Dakar. Ils auront néanmoins été les premiers bateaux venus de métropole a pêcher du thon albacore à Dakar. Le Danton avait capturé 2 tonnes dès ses premières sorties dans le Sud Ouest de Cap Manuel mais ensuite plus rien pendant 40 jours et son patron estimait que les requins en étaient la cause. ... Jacques Kérouédan à son tour met en pêche et le
quotidien Paris Dakar rend compte des premières marées du pionnier
d'Audierne : Le premier travail consista à repérer les lieux de
pêches. Ceci ne fut pas le moindre, car l'aventureux pêcheur ne
possédait aucune carte d'emplacements même supposés.... Il allait de
droite et de gauche, se renseignait sur les conditions de vie des
pêcheurs locaux, étudiait leurs moyens de travail, observait tout et
en tirait des conclusions qu'il mit noir sur blanc.
« Je savais qu'on pouvait trouver le
thon albacore par une eau supérieure à 21 degrés. Mais je ne savais
pas ou aller, il fallait tâtonner puisque personne ne l'avait fait »
Du 16 juin au 13 juillet les différentes sorties n’ont pas permis de
constater la présence d’albacore mais à partir du 15 juillet
le temps change et le poisson est repéré. C'est l'occasion d'un bon
entrainement pour l’équipage du Perle de l'Aube, 11 hommes
dont 6 métropolitains, tandis que le 18 juillet
Elissalt et Basurco arrivés de St Jean de Luz par avion embarquent
sur le Danton avec l’armateur Badiola et 8 marins sénégalais.
Ce jour là ils pêcheront 1800 kilos "les 1800
premiers kilos de thons de l’histoire de Dakar...et on pouvait
assurer sans risque de se tromper que ces côtes étaient riches en
thonidés. Jusqu’à cette date personne n’avait apporté cette preuve"
écriront alors des historiens basques.
Le lendemain le Danton ramènera 2000 kilos et
1400 le surlendemain. Du 7 au 2O août le Perle de l'Aube pêche 8,5
tonnes,
des résultats bien modestes mais ces bateaux étaient mal adaptés et
les équipages n'avaient pas l'expérience de
la pêche à l'appât vivant. Pourtant début septembre, en 7 jours, le
Perle de l'Aube embarquera
17 tonnes à comparer avec les 2O-25 tonnes qu'un thonier débarque
après trois mois et demi de pêche dans le Golfe de Gascogne. Ces premiers thons pêchés ont été vendus
localement surtout pour les militaires des différentes bases
sénégalaises, sur l'initiative de l'Amiral Monach. Ensuite il était
congelé et stocké à -18 -20° au frigo de Dakar. « J'ai trouvé
le moyen de transporter ces thons en métropole en contactant Les
Chargeurs Réunis qui avaient une déserte de paquebot, tous les 15
jours, et ils avaient des cales réfrigérées à -15 degrés, d'environ 70 M3.
C'est le COFICA qui s’occupa de la répartition entre les différentes
conserveries. Il s'avéra que le thon était de bonne qualité et que
les conserves étaient dégustables » nous explique Jacques
Kérouédan. Dans son rapport Jacques Kérouédan écrit : “J’hésite à m’aventurer au Nord des Almadies, les frais,
en cas d’insuccès étant plus élevés. Il est pourtant regrettable de
ne pas combler une lacune dans des parages où la présence du poisson
m’a semblé importante. Le 26 juillet notre bateau flottait,
littéralement, sur les thons à 4O milles au nord des Almadies” “Il serait intéressant de s’évader dans le
nord, peut être le sud ou le grand large, mais qui supportera les
frais de ces prospections? Il m’est difficile d’exiger de mon
équipage travaillant à la part de pêche, d’abandonner des lieux
productifs, pour mettre en valeur d’autres parages, sans
contre-partie pour la perte de temps inhérente” "C'était pas rentable pour nous. Quand je
voulais faire un travail sur un lieu ou il y avait du thon on nous
demandait d'aller ailleurs. J'ai fait la campagne jusque dans le sud
de Conakry, pour trouver les lieux de pêche, on les a trouvé. Sur
les mates on pêchait 7/8 thons et on abandonnait la mate pour aller
pêcher ailleurs. On avait à bord un scientifique qui notait, et tout
ça pour une maigre subvention. C'était expérimental et je n'ai pas
été aidé; pourtant tout le monde en a profité." Au total pendant l'été 54 la Perle de l'Aube
aura mis à terre 40 tonnes, le Danton 25 tonnes, des résultats
modestes sans doute mais en fin
de saison Jacques Kérouédan pourra écrire que la pêche au thon
dans les eaux d'AOF paraît viable. L'année suivante, après deux ans d’Afrique sans voir sa famille, Kérouédan rentre en France. « J'avais l'intention de me faire payer un petit peu par des subventions le travail que j'avais fait » Son thonier est désarmé et son second resté à bord traverse le port de Dakar pour le faire caréner au chantier Langois. Une mauvaise épave, le bateau est éventré et coule en quelques minutes. « Il était assuré à quai mais pas en mouvement. J’ai tout perdu » Le thon c'est alors terminé pour le pêcheur d'Audierne. Devenu commandant de remorqueurs il fera une belle carrière au Sénégal avant de prendre sa retraite à Esquibien près d'Audierne. |
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Jean Nockin l'outsider |
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Officier de la Marine Marchande, au début des années 50 Jean Nockin devient marin pêcheur à Pornic "pour connaître ça dans ma vie de marin". A bord d’un vieux thonier “Honneur et Dévouement” il pêche le thon à la traîne avant de construire l’Émeraude un chalutier thonier de 17m, 80CV, avec lequel il s’essaie à la pêche au thon à l’appât vivant mais le vivier de 8m3 pouvant garder seulement 80 kilos d'appât est trop petit. Les temps sont difficiles et lorsqu'un de ses amis disparaît en mer il décide d'aller chercher fortune ailleurs, sur des mers moins hostiles; en février 1952 il part pour l’Afrique, à Port Etienne en Mauritanie. |
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Honneur et Dévouement |
L'émeraude |
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La SEBU (Société d’Exploitation de Bateaux Usines) cherche un bateau pour approvisionner en courbines et bars son bateau usine "Le San Mickael", une ancienne péniche de débarquement, mouillé devant Port Etienne. En février 1952 avec son thonier, femme, enfants et 5 copains, Jean Nockin quitte la France, cap au sud. "A l’époque il n’y avait pas un seul français et c’était bourré de canariens qui, pendant un mois et demi chaque année, pêchaient le thon albacore lorsqu’il remonte le plus dans le nord. Les canariens pêchaient à la canne mais avec des appâts morts, des sardinelles ou des petites dorades roses qu'ils gonflaient par l'anus au moyen d'une paille pour qu'elles flottent. Nous nous mettions à côté d’eux, nous lancions notre sardine vivante à la mer et aussitôt le thon montait. On pêchait de l’ordre de 2 à 3 tonnes dans la journée tandis que les canariens, à l’appât mort, pêchaient 4 à 500 kilos au plus". |
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Le journaliste Claude Megret de l'Aurore rencontrera Jean Nockin en cet automne 1953 et dans l'édition daté du 27 novembre il rapporte les réflexions du patron de l'Emeraude. "Les thons albacore sont les mêmes ici que dans le Pacifique. Les eaux, les courants, les températures sont les mêmes. Donc il n'y a pas de raisons que nous n'obtenions pas les mêmes résultats que dans le Pacifique en utilisant la même technique de l'appât vivant" Le grand reporter concluait par un hommage au pionnier : Ce n'est pas rien d'amener son bateau jusqu'ici. Ce n'est pas rien les déboires essuyés à cause de sardines trop petites que l'hameçon tuait. Ce n'est pas rien tous ces obstacles, tous ces mécomptes que doit subir un homme seul, plus riche de courage que d'argent, d'audace que d'appuis. |
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Lors de son déplacement en Afrique en décembre 1953 Albert Elissalt avait rencontré Jean Nockin à Port Etienne et dans son rapport il écrit : Monsieur Nockin a fait cette année une expérience de pêche à l’appât vivant avec son bateau l’Emeraude. J’ai pu voir que son vivier était rudimentaire... Cependant il a réussi plusieurs belles pêches. Son expérience isolée, donc très difficile, est un succès; toutefois il ne semble pas que ce succès ait atteint l’échelle industrielle ni même la rentabilité. A quelques mètres de la plage le San Mickael transformé en bateau usine accueille une quarantaine d'employés, Canariens et Maures, qui font tourner une véritable conserverie avec autoclaves, sertisseuses..."Lors de mon séjour, 5 tonnes de thon reçues le soir (nageoires jaunes et obésus) ont été travaillées le lendemain, dans la journée. Tout a été mis au naturel, en boîtes de 1/2 |
Dans son rapport l'armateur-conserveur poursuit : Le thon serait pêché d'une part par Monsieur Nockin dont le bateau L'Emeraude, insuffisant, serait remplacé par un navire beaucoup plus important dont la construction est projetée, d'autre part par les pêcheurs canariens. En descendant à Dakar Jacques Kérouédan a également rencontré Jean Nockin et ils ont été ensemble tourner autour d'un ban de mulet."On ne savait pas qu'en faire. Il m'a dit tu les prends, tu descends sur Dakar, tu pourras peut être les vendre là bas. Alors on les a mis à bord de mon bateau et je les ai vendu à Dakar en arrivant. Avec Nockin on a discuté, ce que j'allais faire l'intéressait et nous sommes restés en contact". |
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A 27-28 ans il a créé une compagnie de cargos spécialisés sur les lignes de l' Extrème Orient, dirigeant ses affaires depuis Santa Monica. Pendant la guerre ses bateaux réquisitionnés sont coulés par des sous marins ennemis. Quelques années plus tard avec son indemnisation il se lance dans la pêche et arme 3 tuna-clippers à San Diego. Pour les américains l'approvisionnent en appât est difficile car ils sont souvent contraints de pénétrer dans des eaux étrangères pour le pêcher et doivent payer de couteuses licences de pêches aux pays riverains. Oscar Bertin décide alors de tenter l'aventure thonière le long des côtes africaines ou les conditions lui semblent comparables à celles des côtes californiennes, sans les licences. Deux de ses bateaux le Yolande Bertin et l'Hortentia, qui coulera dans la mer des Caraïbes pendant la traversée, mettent le cap sur l'Afrique. En acier, long de 31,88m, 55OCV, le Yolande Bertin dispose de 8 viviers dont 6 peuvent contenir 15 tonnes d'appât vivant et servir ensuite à la congélation de 155 tonnes de thons. Ce thonier congélateur ne peut être comparé à aucun autres thoniers français de l'époque. Son équipage est normalement de 17 hommes. Pour son bateau Oscar Bertin cherche un patron. Ancien second aux Messageries Maritimes il rencontre M. Dumontier (directeur de la revue Le Yacht) un de ses copains de promo et lui demande s'il ne connait pas un patron intéressé par la pêche au thon en Afrique. Précisément le fils Dumontier a fait Hydro à Nantes avec Nockin ... Et Bertin descendant de son avion privé à Port Etienne se fait immédiatement conduire chez Jean Nockin. |
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Le patron de l'Emeraude se souvient avec émotion de la rencontre avec cet armateur venu lui proposer le commandement du Yolande Bertin. "Etant donné que je suivais avec beaucoup d'intérêt ce qui se passait aux Etats Unis j'ai trouvé ça merveilleux que Monsieur Bertin me propose d'embarquer sur un navire moderne dont aucun exemplaire n'existait en Europe". |
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A la barre du thonier congélateur de 32m, avec un équipage canariens, à l'exception du chef, américain, Jean Nockin obtient immédiatement de bons résultats."Ca a marché tout de suite". Le premier chargement de thons est livré à Agadir ou les deux observateurs de l'Office des Pêches du Maroc embarqués à bord sont remplacés par deux scientifique français de l'Orstom MM R. Le Taconnoux et J. Dardignac. Ils participeront à la deuxième marée qui commence le 25 octobre 1954. Le Yolande Bertin battant pavillon du Honduras a en effet obtenu l'autorisation de pêche dans les eaux territoriales d'Afrique Occidentale Française dans un but précisé par l'administrateur Boudou, Chef du Quartier de Dakar et Directeur Fédéral de la Marine Marchande en AOF : savoir si avec des moyens "ad hoc" la pêche au thon est ou non rentable le long des côtes d'AOF, A cet effet un agent du Services des Pêches d'AOF a été embarqué à bord. Si les résultats obtenus par ce navire sont intéressants la démonstration sera faite sans grand frais que la pêche au thon peut être effectuée le long des côtes d'AOF d'une manière rentable. C'est là le but à atteindre. |
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Tandis qu'en Afrique des pionniers ouvrent de nouvelles perspectives thonières, tandis que les basques se perfectionnent à la canne, les bretons perpétuent la tradition de la pêche à la ligne traînante pourtant de moins en moins rentable depuis qu'ils ont abandonné les voiles pour le moteur qui augmente les frais d'exploitation. En 1950 on comptait encore 44 thoniers à voiles à Concarneau mais trois ans plus tard ils n'étaient plus que 6. Le dernier L'avenir des Familles, patron Nicolas Sellin de Kermen en Névez, abandonnera en 1954. Depuis la fin de la guerre à Concarneau les chalutiers sont les nouveaux rois du port mais chaque été, après un armement qui dure plusieurs semaines, ils s'élancent dans le Golfe à la chasse du thon blanc germon, comme avant. Tandis que les basques trouvent le poisson et particulièrement le thon rouge à proximité de leurs côtes les vendéens et les bretons doivent chasser le thon quelques fois très loin de leurs ports, jusqu'en Espagne en début de saison. Pour faire face aux dépenses de mazout, d'huile, de glace...pour que l'armement et l'équipage trouvent leurs comptes il faut désormais débarquer 1500 thons par été et ces jolies pêches sont rares. Personne ne se bouscule donc pour investir dans de nouvelles techniques jusqu'à cette fin d'été 1953 ou bretons et basques se croisent dans le sud de Belle Ile. Et les concarnois n'en croient pas leurs yeux. Tandis qu'ils trainent leurs lignes les basques, à la canne, embarquent des tonnes de poisson. Dans le Télégramme de Brest du 2 décembre 1953 on peut lire : cette saison la flottille luzienne a mis à terre plus de 4000 tonnes et certaines de ses unités ont rapporté en une semaine un tonnage supérieur à celui de nos thoniers à tangons pendant toute leur campagne d’été. Le 15 mai 1954 les concarnois montrent qu'ils ont appris la leçon. C’est jour de fête autour de la Ville close. Jamais encore une pareille foule n’a suivi avec autant d’intérêt la mise à l’eau d’un bateau de pêche. En ce samedi il n’y eut pour ainsi dire pas d’autre sujet de conversation que le lancement du "Papillon des Vagues" par le chantier Lancien-Goanvic, 18m20 - 40 tonnes, c'est le premier thonier de la flottille concarnoise construit pour l’appât vivant. Quelques jours plus tard un autre thonier le Kachkalan tiendra la vedette avec ses formes, ses lignes inconnues en Bretagne. Construit en 1952 ce petit bateau de 23 tonneaux a été acheté à St Jean de Luz par l'armement Blaise avec ses viviers de 18 m3 et tout son matériel de pêche. Son patron Emile Jaffrézic de la Pointe de Trévignon est prêt pour une première saison à la canne avec son équipage : Corentin Bolou, Francis Richard, Joseph Guillou, Dominique Capitaine, Jean Rigou et Yves Touze. Participeront également à cette première campagne bretonne à la canne le Madylou (armement Le Ny, patron Yves Toquet de Névez) le Marcelle Yveline d'Armand Gourlaouen et en fin d'été le Roi du Jour. |
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Les Briand de Trévignon, père et fils, avaient décidé de descendre à St Jean de Luz. Le Roi du jour était à vendre son patron ayant fait construire un nouveau bateau, le Begnat. Le fils Michel Josié se souvient de l'équipe bretonne. "Ils ont vécu la saison de thon ici, je crois même qu'ils dormaient à bord. Ils ont appris. A la fin de la saison ils sont partis avec le bateau. Mon père est resté tout seul sur la digue jusqu'à ce que l'embarcation ait disparu à l'horizon et le soir ma mère me disait : tu te rends compte tout cet argent. Je me rappelle les liasses de billets avec des épingles rouillées. On ne mettait pas l'argent à la banque à cette époque là". |
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L'équipage du Roi du Jour : en bas à droite le jeune patron Jos Briand à côté de Lili Masson et Eugène Le Touze |
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La tempête calmée le Marcelle Yveline (CC 3123) transformé en thonier avec un moteur Baudouin de 150 CV quitte le port de la Ville close le 2 décembre 1954 à 17h. A bord le patron Armand Gourlaouen, le chef Ollivier, du Passage, Yves Massé et André Cariou, de Trévignon, Marc Tanguy, Lucien Ollivier et Pierre Marrec, de Lambel, Pierre Kersaux de Trégunc et René Martin de St Jean de Luz. Les accompagnent Emmanuel Allot secrétaire du Syndicat d'Initiative qui fera fonction d'historiographe de l'expérience et Jean Loch co-armateur avec Georges Plumet. Ils partent tous confiants : s'il y a du thon dans les eaux africaines nous les pêcherons! Pendant la traversée du Golfe de Gascogne, après avoir dîné, Jean Loch, 61 ans, joue aux cartes avec quelques membres de l'équipage lorsque vers minuit "légèrement indisposé par son repas et la chaleur du poste d'équipage" il monte prendre l'air sur le pont du thonier. A partir de ce moment là son état de santé s'aggrave rapidement. Il meurt en mer d'une congestion pulmonaire. Sa dépouille est débarquée quelques heures plus tard à St Jean de Luz. Après ses obsèques célébrées à Concarneau Manu Allot débarque et le Marcelle Yveline reprend donc sa route le 13 décembre avec son seul équipage de pêcheurs bretons et le basque René Martin. marié avec une fille de Douric ar Zin à Lanriec qui va travailler en usine à St Jean. René perfectionnera la technique des bretons. Pour la pêche de l’appât ils ont embarqué le lamparo expérimenté pendant l‘été à bord de La Reine des Flots. Escale à Casablanca, Agadir ou les concarnois passent Noël et arrivée à Dakar au début de l’année 1955. La campagne sera courte puisque le thonier retrouvera son port d’attache dès le 21 mars à 23 heures. En deux mois il a pêché 6O tonnes d’albacore malgré des difficultés rencontrées pour attirer l'appât, la sardinelle restant insensible à la rogue que les bretons utilisent traditionnellement. Le Marcelle Yveline réussit cependant quelques belles pêches et un dimanche il embarquera ainsi 11 tonnes de 7 à 40 kilos. Le poisson est débarqué au frigo de Dakar avant de rejoindre la métropole mais sa dernière livraison sera refusée par les services vétérinaires de Dakar. Par contre la tonne de thon pêchée le 3 mars devant Conakry qu’il ramène à Concarneau conservée dans la glace sera jugée d’excellente qualité par une commission de vétérinaires et de scientifiques qui attendent le bateau. Quelques jours plus tard arriveront en wagon frigorifique 7,5 tonnes mises en sac et transportées par le Général Leclerc passé à Dakar le 16 mars. Cette fois c’est sûr il y a du thon en Afrique, « j’te le dit, j’l’ai vu sur les quais de Concarneau". |
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