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ACCUEIL Les
débuts en Afrique
- L'Océan Indien -
Pirates de Somalie | ||
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Au début des années 50 les conserveurs manquent de thon, le thon blanc germon pour satisfaire la demande des consommateurs. C'est en Californie qu'ils trouvent la solution pour faire tourner leurs usines avec la technique de la pêche à la canne à l'appât vivant aussitôt adoptée par les basques puis par les bretons et les vendéens (Les débuts du thon tropical albacore) En 1954 le Marcelle Yveline d'Armand Gourlaouen descend à Dakar et bientôt c'est la ruée vers l'Afrique car le thon ça peut rapporter gros. |
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Le lundi 21 mars 1955 le Marcelle Yveline, retour de Dakar est à peine amarré dans l’arrière port de Concarneau que deux nouveaux thoniers sont lancés pour la prochaine campagne du germon. Le Toubib, 21,50 m, construit par les chantiers Donnard pour l’armement lorientais Guilloton - patron Albert Bellec et le Martien lancé à Brigneau le 29 mars par le chantier Briec- armement Des Deserts - patron Emile Briand. La passerelle est avancée jusqu’au gaillard pour installer les viviers et dégager le pont arrière afin de pratiquer la pêche à la canne dans de bonnes conditions mais au cas ou, au cas ou le thon ne tiendrait pas toutes ses promesses ces deux nouveaux bateaux en bois de la flottille concarnoise pourront l’hiver faire le chalut. Comme avant. Car en ce printemps 1955 ils sont encore peu nombreux à imaginer leur avenir en Afrique. |
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Le COFICA organisme de financement de la conserve française propose donc une subvention de 8 millions (anciens francs) pour la campagne de 6 clippers « basco-californiens » subvention remboursable si le résultat est positif. Le Comité Local des Pêches de Bayonne ajoute un million mais quelques semaines avant le départ le Tutina (Laurent Passicot) le Michel Joseph (Léon Mugica) et le Carmenchu (Romuald Tassary) considérant que les risques financiers sont trop importants décident de renoncer. Ils sont remplacés par les concarnois Toubib, Martien et Marcelle Yveline pour sa deuxième campagne. Trois bretons et trois basques, Bixintxo (Cyprien Etchevaria), Curlinka (Roger Belloc) et Izurdia (Jean Alsuguren). |
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Jean Alsuguren qui ne pouvait pas commander officiellement son bateau jusqu'en Afrique n’ayant pas son brevet de patron de pêche (comme de nombreux basques qui n’en avaient pas besoin ne s’éloignant jamais très loin de leurs côtes) se souvient de ce premier grand départ. "il y avait pas mal de monde quand on partait avec les trois bateaux et vous entendiez les réflexions : dire qu'on ne les reverra plus ceux là . On savait ou on partait, on ne connaissait rien du tout, on partait comme ça...mais moi à l'époque je savais pas ou j'étais. Je savais que le nord c'est devant et le sud derrière et c'est tout". "Les Affaires Maritimes nous laissait aller à Dakar à condition qu'on ait un patron breveté, un patron de pêche breveté sur le rôle et c'est comme ça qu'on avait fait venir un concarnois, Marc Salomon… mais le commandement effectif du bateau c'est moi qui l'avait. Et ça a duré jusqu'en 59". Patron « officiel » de l’Izurdia Marc Salomon se souvient aussi de son départ. Après quelques heures et les premiers repas préparés à bord, « à la basquaise » le breton s’était inquiété de la nourriture. "Mais ici il n’y a jamais de patates? Ah non c’est pas notre habitude". Et le thonier basque avait fait une courte escale en Espagne pour embarquer un sac de pommes de terre… pour le "patron". Le Curlinka et le Bichintxo avaient eux embarqué 2 sablais qui avaient leur brevet de patron de pêche, des échanges de bons procédés, les basques embauchant des bretons brevetés et les bretons recrutant des basques spécialistes de la pêche à la canne. C’est ainsi d’ailleurs que René Martin, marié à une concarnoise de Douric ar Zin, s’était retrouvé à bord du thonier concarnois Marcelle Yveline pour la campagne 54-55 et c'est lui qui au retour avait dit aux pêcheurs de St Jean de Luz - ça vaut vraiment le coup d'aller là bas, il y a du thon à pêcher. |
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Le problème |
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Cette première vraie campagne en flottille
dure 3 mois. Au total, entre décembre 1955 et mars 1956, 950 tonnes de
thon albacore ont été débarquées à Dakar. C’est le succès pour les
basques (2OO à 235t chacun) un peu moins pour les bretons (de 8O à
1OO t) qui rencontrent des difficultés pour faire l’appât. De son côté Marc Salomon nous confie "on aurait dû appeler notre maison l’Izurdia" et il est vrai que bien des villas autour du petit port de Trévignon ou sur les hauteurs de Ciboure ont été construites avec l'argent du thon. Parce que le thon avec la nouvelle technique de la canne et de l’appât vivant ça peut rapporter gros. Henri Sellin de Névez rappelle ses premiers jours de pêche dans le Golfe. "J'ai fait 1O jours de mer et on avait pêché 33OO poissons en 2 ou 3 jours de pêche. J'étais habitué à la traîne, je mettais 5 minutes pour retirer un thon et puis ici à la canne il rentre bientôt à la seconde, le temps de le sortir de l'eau il était déjà sur le pont. A l'époque j'avais eu 143.OOO francs en 3 semaines de mer. Alors moi qui venait d'Algérie, qui n'avait plus aucun sou, c'est pas possible, j'ai gagné au loto. C'était beaucoup d'argent pour ces années 50 ou une belle maison coûtait dans les 3 millions et demi" Cette campagne 55-56 sera un peu moins lucrative pour les bretons moins expérimentés que les basques et qui rencontrent donc des difficultés pour faire l’appât. Longtemps ils se rappelleront les heures, les jours qu’ils ont passé sans pouvoir pêcher le thon parce qu’ils n’avaient pas de sardines dans leurs viviers. La plupart des thoniers bretons ne connaissaient pas la pêche à la sardine. L’été ils pêchaient le thon et l’hiver le poisson de fond, au chalut, mais pas la sardine qui était une autre spécialité, un autre métier. Les basques eux passaient leur vie à chasser le thon, rouge essentiellement, puis la sardine et l’anchois et ils en connaissaient parfaitement la technique. "On travaillait beaucoup au feu explique Kiko Olascuaga parce que la nuit la sardinelle ou l'anchois monte à la surface et provoque un éclair dans l'eau et c'est ce système qui nous a permis de faire beaucoup plus facilement l'appât que nos collègues bretons qui avait l'habitude de faire l'appât à la rogue, comme nos ancêtres, alors que nous nous pêchions à la volée la nuit. C'était à la vue, au feu". "Et leurs bateaux aussi étaient plus faciles pour tourner avec les filets tournants ajoute Yves Quéinnec. Après on a trouvé le système, on allait le soir au fond de la baie de Dakar et avec le lamparo on tournait avec le petit canot avec un petit filet de 6Om et c'était vraiment bien". Le douarneniste se rappelle également que même dans le Golfe de Gascogne l’appât c’était le problème numéro un. "Des fois on courrait beaucoup. J'ai vu partir d'ici, on allait à Belle Ile, il n'y a avait pas d'appât, on allait à l'Ile d'Yeu, il n'y avait pas d'appât, j'ai vu aller sur la côte des Landes pour faire l'appât. Si il n'y a rien à mettre sur la canne on ne pêchera pas. Si il n'y a rien à jeter le poisson ne va pas rester autour du bateau". On pouvait passer plus de temps à rechercher l'appât qu'à pêcher le thon. Ainsi le Yolande Bertin début 55, du côté de Conakry, a recherché l'appât pendant 37 jours et n'a effectivement pêché le thon que pendant 14 jours! A bord des thoniers de cette époque on se souvient être souvent resté 15 jours en mer, quelques fois plus, sans arriver à prendre une sardine et c'est long 15 jours en mer surtout quand on voit pendant ce temps là les autres sortir et revenir au port avec le plein. C’est ce qui arrivera à Jos Bellec, sur le Jacques et Christian. Il avait été 15 jours en mer sans pêcher l'appât. D’autres thoniers lui avaient porté des vivres pour qu'il n'ait pas à rentrer au port. "La première nuit j'étais avec lui. J'étais parti en pêche, j'étais revenu avec 92 ou 93 tonnes et il était toujours là sans réussir à pêcher l’appât. L'Africain, un grand bateau basque, celui là il avait été aussi 15 jours à faire l'appât. J'avais fait ma pêche, débarquée au port, refait mon appât et il était toujours là à essayer".raconte Yves Dizet. |
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Problème d’appât pour les 3 bretons pendant cette campagne 55-56 et s'ajoute un problème de moteur pour le Marcelle Yveline. Le thonier concarnois restera souvent à quai mais l’équipage continuera de naviguer, sur les autres bateaux de la flottille. « C’est la première idée qu'on avait eu, d'entrée, sans discussion : On va pas laisser ces types comme ça. On va les prendre mais on va exiger que les 2 autres bateaux bretons prennent comme nous 2 types chacun. de façon à caser tout le monde. Et c'est par rapport à ça qu'Armand Gourlaouen avait placé toute son équipe. Il était resté le mécanicien et le patron pour s'occuper des travaux à quai avec le mousse Francis Rioual pour donner un coup de main et faire la cuisine. Tous les autres avaient été placés sur les 5 bateaux qui restaient. C'était notre méthode. D'eux même il ne l'auraient pas fait. On le sait, ils nous l'ont dit. Le bateau se serait débrouillé un mois comme ça avec son équipage…" |
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Et Jean Alsuguren poursuit : « ici au Pays Basque on a l'habitude. Si vous avez un type qui tombe malade, qui est blessé ou n'importe quoi et qui doit rester à la maison il a sa part comme si il était à bord, pareil, exactement pareil. De tous temps ça été comme ça (même si maintenant au chalut tout à changé). Aux matelots qui étaient venus avec nous (Lucien Olivier et André Cadiou embarqueront sur l'Izurdia) on leur avait dit: on vous prend mais votre argent ensuite vous le mettrez à la masse pour le mécanicien, le mousse et le patron qui sont restés à bord et ça c'est passé comme ça » |
Basques et bretons fraternisent
(photo Sahut-Morel) |
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Basques et bretons fraternisent |
Armand Gourlaouen n'oubliera pas et de retour à Concarneau devant la presse il soulignera la franche camaraderie et la parfaite solidarité qui n’a cessé d’exister entre les 6 équipages dans la recherche des bancs et le partage de l’appât... vraiment les luziens sont de chics types et nous ne sommes pas prêts de l’oublier. Quelques années plus tard pour rendre compte de cette époque africaine on pourra lire dans la revue Miltillak: En 10 ans, les pêcheurs du Pays Basque Nord vont connaître une émancipation professionnelle et sociale qu'ils n'ont jamais eu dans toute l'histoire maritime locale... ainsi notre port est devenu un exemple pour toute la pêche artisanale qui d'après certains étaient vouée à disparaître dans le ventre de la pêche industrielle. "A la base de cet édifice, il y a deux valeurs fondamentales : le Bien Commun et l'accès à la propriété des pêcheurs et un seul esprit : l'esprit coopératif, mutualiste... la veuve d'un marin en activité recevait une part pendant toute l'année du décès de son mari. A tout pêcheur en maladie ou victime d'un accident le bateau lui alloue la part entière et on lui amène la godaille à la maison. Le bateau Ederki Da qui avait 3 matelots en même temps en maladie a respecté de façon exemplaire cette admirable coutume". "Autre exemple reflétant l'esprit de solidarité de l'époque est celui du bateau le Basque qui est resté immobilisé au port de Dakar en 1957, sans pêcher un seul kilo de thon. Le groupe de 7 bateaux dont il faisait partie, embarqua tous les hommes d'équipage pour qu'ils fassent leur campagne et l'armateur reçut sa part d'armateur comme tous les autres bateaux du groupe". Solidarité, partage, esprit d’équipe
avec au centre le Syndicat CGT, la Coopérative Itsasokoa et son
secrétaire-Président José Koxe Bazurco. Avec sa forte personnalité
il imposera à son monde maritime ce socialisme très en vogue après guerre.
En Bretagne certains "bouffaient" du curé, au Pays Basque "les
capitalistes" n'étaient pas en odeur de sainteté. |
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...il faut dire que nos bateaux travaillent "baltchan" c'est à dire en association; à part les vivres du bord, tout est commun, les frais, les pêches, la répartition. Ceci a une influence considérable sur le moral et le rendement. D'abord, c'est une sécurité pour les bateaux : en cas d'avarie ou de non réussite on est sûr de participer au rendement total. De plus c'est un encouragement et une source d'émulation : il n'y a plus place pour le "training" ou le laisser-aller : chacun doit donner le meilleur de lui même, les escales ou haltes au port sont ramenées au minimum, car les "copains" travaillent... De plus on a intérêt à faire pêcher les autres au maximum : renseignement, code secret, tout est mis en œuvre. De même on s'aide à obtenir les meilleurs tours au port : frigo, glace, mazout. Et s'il y a un peu de resquillage -chut! le basque est né contrebandier!- il ne s'exerce jamais au détriment d'un membre de la communauté. L'expédition du poisson au port est faite dans les meilleures conditions : le bateau qui a fait la meilleure pêche le matin reçoit son plein des autres et s'achemine vers le port. Nous avons vu ainsi le poisson de nos bateaux faire prime : au dire même du vétérinaire indigène qui nous en a fait l'aveu, il est impeccable et toujours bien glacé, tandis que nous avons vu un bateau métropolitain obligé de jeter à la mer la moitié de son chargement (la glace ayant fondu), par suite d'une marée trop longue. (Précision : le bateau métropolitain est … breton !) Il sont 25 thoniers (24 luziens et le concarnois Jos Briand avec son Hippomène) à vivre ce système de partage. Tout est mis à la masse, toutes les recettes produites par la pêche, du départ au retour à St Jean. Le bénéfice fait l'objet d'un partage à parts égales. |
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Cette première campagne en flottille se termine au début du mois de mars. Les alizées commencent à souffler et dans les parages de Dakar il n’y a plus de thons à pêcher. Les trois thoniers bretons décident donc de rentrer à Concarneau mais les basques restent encore un peu et descendent dans le sud, à deux jours de route. "Comme il n'y avait pas de poissons, on était parti sur Conakry et là bas on était tombé sur les bancs de poissons, au choix, de 1Okg, de 15kgs. On choisissait le poids. Il y avait qu'à pêcher, il y avait qu'à tremper comme on dit. On avait décidé de vider le poisson et de le vendre en frais à St Jean de Luz. On le vendra peut être 25O balles, ça valait le coup, on va gagner des ronds. On prenait par exemple une tonne et on s’arrêtait. On les rinçait comme du pain béni et mis bien au frais dans la cale avec de la glace" (Jean Alsuduren) |
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Une mer de thons se souvient l'armateur concarnois André Dhellemmes fils qui pour ces derniers jour de pêche avait embarqué comme observateur à bord du Curlinka. Des thons partout mais également des requins, de gros requins qui compromettent la pêche et le patron, Roger Belloc, qui lui demande d'en tuer le plus possible avec la carabine du bord. "Je vais sur l'arrière et ça a bien marché. A chaque fois qu’un requin montait en surface pour croquer un thon je tirais le plus près possible de la tête et je tuais les requins les uns après les autres . Je les vois encore dans cette eau très claire en lâchant de superbes traînées de sang" Tout à coup un hurlement, c'était le patron Roger Belloc entraîné par dessus bord par un de ces gros thons qui commençaient à grouiller - des thons de 5O/6O kilos - Il était tombé à l'eau entraîné par le thon. "Le type hurlait, comme je n’ai jamais entendu un homme crier je crois. Alors on s'est tous précipité comme un seul homme. On a réussi à attraper sa main et on l'a hissé à bord comme un gros thon. Mais littéralement balancé comme un thon | "
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Roger Belloc s'en sortira avec une
épaule démise et sera rapatrié en avion vers la métropole. Cette campagne 55/56
se terminait ainsi et restera longtemps dans les mémoires. Elle annonçait surtout un véritable vent de folie vers
l'Afrique avec cependant une flottille qui saura évoluer comme le
souhaitait le patron du Marcel Yveline à son retour : "nous
aurions fait aussi bien que les basques mais nos bateaux sont loin de
valoir les leurs pour l’appât vivant. Les nôtres sont trop petits et ne
vont pas assez vite. |
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Concarneau |
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Fondé à Concarneau en 1942 par deux frères, Joseph et André, originaires du nord de la France l’armement Dhellemmes restera chalutier jusqu’en 1955 avec cependant quelques uns de ces bateaux qui l’été armeront au thon germon à la ligne traînante. Premier essai à l’appât vivant avec le Petite Marie Françoise pendant l’été 55. En avril le bateau est transformé à St Jean de Luz avec en particulier des cuves en alliage léger faites par le tôlier Cezon, la référence de l' époque. André Dhellemmes fils et le patron du thonier, le morgatois Henri Quentric, sont du voyage embarquant pour la journée sur de petits canneurs basques, s‘initiant à la nouvelle technique sous le regard méfiant de José Basurco et de Léon Mugica qui leur dira "tel que c'est parti, maintenant que les bretons s'intéressent à l'affaire, dans quelques années vous nous aurez dépassé" En juin le Petite Marie Françoise
est prête pour pêcher ses premiers thons rouges livrés à St Jean de Luz puis
pour le germon débarqué au Fret pour le COFICA. Dans la foulée
l’armement commande aux chantiers Krebs le Petit Olivier, puis le
Palma et le Goméra. La saison a en effet été bonne et si
quelques thoniers bretons n’étaient pas encore convaincus par la
supériorité de la technique de la canne à l’appât vivant les basques
leur en apporteront la preuve à domicile en cette fin d’été 55. |
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C'est alors la ruée vers le thon et pendant quelques mois les chantiers Donnard, Krebs, Chauffeteau, les chantiers de la Palice, lancent thoniers après thoniers : Petit Olivier, Palma, Goméra, Tutina, Carmenchu, Pierre Laurence, Chevalier Bayard, l'Africain, Tcikitin, Brocéliande, Cavalier des Vagues, Amiral Decoux, Le Basque, Hypomène, André Chantal, Henri Michel, Calliope, Belle Gueuse. Les pêcheurs ne voient plus que par ces canneurs qui bientôt abandonneront le bois, préférant l'acier. Sur les 17 bateaux construits 11 sont en acier. Si les basques ont fait de gros efforts pour les équipages - le poste d’équipage est aéré, chaque homme dispose d’une couchette avec son lit métallique, matelas et draps, placard et penderie - chez les bretons le confort reste une préoccupation secondaire. Sur le Pierre Laurence, le nouveau bateau d’Armand Gourlaouen lancé en juillet 57 la priorité a été donnée aux viviers et il reste peu de place pour les marins, pas de ventilo, peu d'eau douce, on se lavait dans les viviers …Marc Salomon se demande encore "comment on est pas tous crevé là bas". Yves Cariou écrit "le Petite Marie Françoise doté d'une pauvre passerelle en bois, tout l'équipage, patron compris, est logé dans le poste à l'avant du bateau. Ils sont 12 là dedans, parfois deux dans la même "bannette". Il fait si chaud à l'intérieur que beaucoup dorment sur le pont". |
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En bois ou en acier, avec ou sans étoile hôtelière c'est la ruée vers Dakar et deux ans seulement après les débuts de l’aventure africaine il faut fixer des quotas. Dès le mois de juillet 1956 le Comité du Thon institue une licence et limite le nombre de départs à l‘automne : 44 pour cette saison 56-57, moitié pour le groupe basque, moitié pour celui des vendéens et des bretons. Leur production est par ailleurs limitée à 5OOOT car le frigo de Dakar et les conserveries métropolitaines qui reçoivent le thon congelé par cargo n'en peuvent plus et certaines commencent à imaginer leur développement en Afrique. |
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Au début de l’histoire l’Afrique n’est pas un eldorado pour tous. "a l’usine ma femme gagnait le double » dira Lili Masson. On gagnait plus à faire le germon dans le Golfe mais pour les concarnois quand l’été se terminait c’était ça, le soleil de Dakar, ou l’hiver au chalut. Et chacun avait encore en mémoire la tempête de 1954 et ses 64 victimes. |
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C’est l’heure du bilan pour cette campagne 56-57. Avec un total de 5000T débarquées la moyenne mensuelle de 61t par thonier luzien et de 40t pour les bretons-vendéens cache bien des différences car si le Petit Olivier a été amorti dès sa première année après ses deux campagnes -germon et albacore- tous les bateaux n’affichent pas d’aussi bons résultats (l’albacore est acheté près de deux fois moins cher que le germon par les conserveurs). Et d’un point de vue sanitaire on a souvent frôlé la catastrophe malgré l'apport du Sopite pour la congélation des poissons débarqués pas les basques. En période de fortes pêches les thons ont souvent attendus trop longtemps avant d’être congelés après qu‘ils aient déjà passé trop d'heures sur le pont des bateaux sous un soleil accablant avant d‘être mis en cale et glacé. Le poisson qui reste 2 à 3 heures sur le pont avant d'être glacé est corrompu 48h plus tard écrira le Professeur Postel. "D'extérieurs ils semblaient corrects mais c'était de la purée à l'intérieur. Restés trop longtemps au soleil il y a eu une casse terrible" me confirmera André Dhellemmes fils dont l’armement mettra en service pour la campagne 57/58 le Foncillon une ancienne barge de débarquement transformé en congélateur en saumure. Ce nouvel outil qui pouvait être accosté par 2 thoniers à la fois, un de chaque côté, d’une capacité de congélation de 25 à 30 tonnes par jour et le nouveau tunnel de congélation de 22 tonnes installé au frigo de Dakar n’empêcheront pas que pendant cette nouvelle campagne des tonnes de poissons en mauvais état devront être rejetées à la mer. Il faut cependant relativiser car - pour cette campagne 57-58 - 10.000 tonnes seront débarquées par une flottille de 90 bateaux…deux fois plus nombreux que l’année précédente! Mais ce record ne présente pas que des bénéfices. Du poisson de qualité quelques fois douteuse, des conserves qui ne se vendent pas car le marché est saturé, quelques années seulement après le début de l'aventure c'est la crise. Le germon pêché dans le Golfe se vend mal, les bigoudens demandent la protection des pouvoirs publics pour la pêche métropolitaine et le Comité Local des pêches de Concarneau demande tout simplement la suppression de la campagne africaine en 59. L'avenir est incertain et pourtant en cette fin des années 50 le monde thonier va connaître une vraie révolution qui va assurer son avenir : la constructions de thoniers congélateurs. |
A SUIVRE
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