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Jean Marie MARTIN
peintre de ses histoires
un film de Yvon Lachèvre


Bientôt un nouveau DVD incluant "Les passagers de l'Etoile du Nord"

 

 

Jean Marie Martin

 

L'ÉTOILE DU NORD

Sur la rive gauche de Concarneau, face à la Ville close, Jean Marie Martin tire ses premiers bords, au Passage, autour de l'Étoile du Nord, un café restaurant que tient Marie, sa mère.
Il y côtoie pêcheurs de sardines, pêcheurs de thons comme son père, et les ouvrières de la conserverie Cassegrain toute proche.
Il n'oubliera jamais ce "milieu terriblement coloré" et, devenu peintre, ses toiles rappelleront souvent ce décor, les clients du bistrot "quelques fois assez violents, c'étaient pas des rigolos, mais moi je les aimais beaucoup parce qu'ils avaient une vraie générosité".

 

Marie MartinJean Marie au chevalet

L'été, il passe ses vacances chez sa grand mère paternelle. "Elle ne parlait que le breton". Les jours de grand vent elle abrite son petit fils sur la dune, derrière les tas de goëmon, à côté des men zao, les pierres debout, face à la Pointe de Trévignon.

 

LES BEAUX ARTS A RENNES

 

Adolescent Jean Marie Martin rêve de réussir par le dessin et la peinture. Les bateaux échoués à l’abri des remparts de la Ville close seront ses premiers sujets d’études, souvent contestés d’ailleurs par les clients de l’Étoile du Nord qui ne manquent jamais de lui rappeler qu’un bateau c’est pas fait comme ça. “Ils m’avaient foutu un complexe terrible et j’en étais arrivé à me cacher derrière les tas de bois pour pouvoir faire quelque chose”.
 

 
 

A la rentrée 1942, début d’une nouvelle vie; le concarnois du Passage entre aux Beaux Arts de Rennes. Parmi ses professeurs Mathurin Méheut. Il est resté quelques mois, assez pour nous influencer,  parce qu'on était subjugué par cet homme”. Sa manière d’interpréter le réel, d’aller sur le terrain convenait  parfaitement au jeune étudiant.

 

LES ARTS SACRES A PARIS

Après les Beaux Arts de Rennes la voie royale, pour éventuellement faire carrière, faire le Prix de Rome, c’est Paris. Mais, "à Paris je suis tombé dans un atelier qui ne me convenait pas, c'était celui de Maître Dupas qui était très très  classique. Ca n’a pas marché du tout, du tout, du tout "

Alors un jour Dupas arrive et dit "Monsieur vous ne ferez rien en peinture".  Remarque on l'a dit à Degas on l'a dit à d'autres mais enfin quand on le dit à un pauvre gars qui a de la peine à vivre parce que ses parents sont pas riches, et qu’ils essayent de le tenir. Moi j'étais plein de scrupules . Si j'avais été je m'en foutiste comme beaucoup, mais ça m'a fait pleurer, je suis sorti de là anéanti, complètement"

LE RETOUR A LA VIE 

A Bouffémont, dans un sana réservé aux universitaires, Jean Marie Martin est soigné et il continue à travailler,  perfectionne son art, récompensé par le prix du Dôme puis le Prix de New York.

“C’est une peinture très construite, très solide, très riche dans lequel il aurait pu totalement s’épanouir mais l’œuvre de Martin est faite de rupture; il a besoin de rebondir totalement pour renouveler son art parce que Martin c’est un peintre créatif” écrit Yvon Le Floch spécialiste de son oeuvre.

 Les baigneuses (détail)

Danaë et la pluie d'or
 

 

"Et je me suis retrouvé
quand j'ai fréquenté le
Centre d'Arts Sacrés.
Alors là c'était libéral!"

 

LA BATAILLE DE WARDEPOULE

A la fin des années 60 Jean Marie Martin est au sommet de son art, reconnu par les critiques parisiens qui découvrent “La Bataille de Wardepoule”.
“C'est une épopée;  il y a eu mes souvenirs, parce que j'en ai bavé dans les sanas,  la guerre, mes souvenirs de bateaux, d'ivrognes, tout ça ça a fait un amalgame et j'en ai fait comme une bande dessinée parce que j'avais des dons de bande dessinée, j'aurai pu faire ça, j'avais l’ imagination de ça, et puis il s'est trouvé que La Bataille est sortie juste au moment de la nouvelle figuration, les abstraits c'était la fin. J'ai sorti toute mon imagination. Mais ça c'est très breton”.

  

                            L'officier d'ordonnance
 
Jacques Massol

“ Une imagination délirante, débordante, extraordinaire” confirme son galiériste parisien Jacques Massol qui exposera les tableaux de La Bataille. “Il part toujours d’un fait qu’il a vécu, un fait réel et il en fait quelque chose de fantasmagorique, ça c’est très curieux chez lui. Tout ce qui le touchait, tout ce qui l’atteignait il en faisait d’abord un récit écrit dans un cahier et ensuite il en faisait une peinture qui représentait ce qu’il venait d’écrire c’est à dire qu’à mes yeux Jean Marie Martin est autant un écrivain qu’un peintre ”. 

 

" C'est un homme du 19ème ça et il tient quoi? une mitraillette moderne. C'est pas possible. Il faut se donner la peine de regarder l'image. Et pendant ce temps les régiments défilent, on ne sait pas ce que c'est, c'est des pauvres types qui sont voués à la mort. Il y a le pied, c'est le pied qui les représente. On ne sait pas ce qu'il y a dessus, est ce qu'il y a eu âme. C'est des machines qui s'en vont "

 

 

 MADAME ROYALE

 

Le nudiste
"et aussi dans son oeuvre il y a une chose qu’il ne faut pas oublier c’est qu’il était breton de
Concarneau et que la mer avait une importance capitale. Si bien qu’il a fait quelques séries de toiles autour de la mer toujours très extraordinaires”.
(Jacques Massol)

“Alors voila ce qui arrive: il y a un nudiste; il dit je suis heureux ici, l'eau, on voit les fonds. Qu'est ce qu'il voit, il est nu donc, il voit arriver un paquet qu'il prend pour des algues, qui est un haut personnage,  il est hyper décoré, il est hyper doré et on n'a plus besoin de lui, on l'a balancé à l'eau. Et ce type qui était nu se dit Zut, c'est quand même un être humain et il se met les mains là, c'est ça l'anecdote de ça. Qui veux tu qui raconte des trucs comme ça”

 

Des bateaux extraordinaires
 

Jacques Massol : quand il était allé dans le Midi, dans les ports il a vu tous ces navires de gens très riches et ça l’avait complètement écœuré. Il m’a fait une exposition qui était invendable d’ailleurs parce que quand il commençait une toile, il était tellement prolixe, il avait tellement de choses à dire que la toile n’était pas assez grande; il prenait une toile pareille qu’il mettait dessus, il la clouait et il continuait sa toile, il avait alors trois toiles. Tant qu’on était dans des formats normaux ça allait mais autrement c’était absolument invendable”

 

 

DES CLOUS POUR LE GRAAL

             

Au début des années 80, peintre reconnu, Jean Marie Martin décide de quitter Paris. Il vient de vivre quelques années difficiles et les toiles de cette époque portent la marque de l'enfer. Avec son épouse Denise il s’installe en Haute Provence à quelques encablures du Verdon, dans une ancienne maison templière, au milieu des oliviers, des amandiers et des buis centenaires. Sa quête du Graal commence.

  Une œuvre faite de clous de tapissier rappelant les galets du Verdon, les armures des chevaliers de la Table Ronde  
     
  à            
       
     

“C'est le chevalier, le seul qui ait vu le Graal, 
et ayant vu le Graal Galaad est sublimé, 
il est transporté au ciel”.

       
             

 

 DES BATEAUX NOIR ET BLANC 

Pendant 15 ans Jean Marie MARTIN enfonce des clous pour une oeuvre monumentale : La quête du Graal. Au milieu des années 90, nouvelle rupture:  les cordages de marine, les ferrures de bateaux, le coltar pour des bateaux noir et blanc. “Je suis parti de mes souvenirs de Bretagne, de deuil. Toute cette série est volontairement noir et blanc. C’est à la fois la mort et puis c’est un symbole de la Bretagne, du drapeau breton”.
 


 

Celui là c'est vraiment l'ultime, il finit le cycle du Verdon; il n'y a plus de clous après et on commence à voir le drapeau breton, noir et blanc.  C'est une grève ça pour moi. C'est pas la grève méditerranéenne, elle est froide, on sent un sable blanc, froid.. Ca s'appelle la laisse de basse mer; quand la mer descend, il reste des choses comme ça”. 

 


 

“Ca faisait des années que je voulais faire des cordages. Celui là on dirait un collier, un collier d’apparat et au fond c’est un pectoral, une chasuble de mort  mais fait avec des cordages. Des cordages, du bois, je faits ça comme on fait un bateau, peint avec le  goudron des bateaux. Il n’y a plus une peinture classique, c’est uniquement des éléments marins, mais l’ensemble pour moi, c’est une chambre funéraire”. 


 

j’ai voulu représenter le bateau qui a transporté le roi Arthur à l’île d’Avalon. C’est un immense catafalque qui est sur l’eau. Pour enterrer un véritable marin on le fou à l’eau dans une caisse.  Tandis que là c’est autre chose, c’est un haut personnage qui est presque qu’un dieu, alors  c’est un vaisseau comme la barque de Dante, il va vers l'éternité." 

 

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Yvon Lachèvre (c) 2010