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Les  îles Glénan


A 9 miles de Concarneau l'archipel des Iles Glénan accueille chaque été des milliers de visiteurs. Sur l'île St Nicolas ils passent quelques heures, profitant des sables blancs et des bains de mer dans une eau transparente. Ils sont peu nombreux à imaginer qu'il y a seulement quelques années, dans ce décor de rêve, des hommes, des femmes, des enfants, ont vécu ici une vie difficile de pêcheurs, de goémoniers, de militaires ou de fonctionnaires.
                        

 

Fort Cigogne

Des îlots, des roches à  fleur de mer, les parages de l'archipel des Glénan sont particulièrement redoutables pour les navires mais il y a ceux qui ont toujours su en éviter les écueils, en ouvrir les portes et dormir tranquillement dans la Chambre véritable mer intérieure entre St Nicolas et Cigogne, un lagon aux couleurs polynésiennes.

Les corsaires ainsi la  connaissent bien et pendant longtemps les anglais de Jersey et de Guernesey en ont fait leur repère. A l'abri ils surveillaient toute la côte, de Penmarc'h à Lorient, abordant et dépouillant barques de cabotages et autres chasse marées, pillant sel, toiles ou alcool transportés.

Les Glénan s’écrivent sans « s » car il s’agit de l’archipel des îles de Glénan. Ce nom pourrait venir du breton et aurait été donné par les pêcheurs de la région parce que ces îles forment un cercle. Lorsqu’il lovent les cordages sur leurs bateaux ils forment également un cercle et en breton on dit « glèner » les cordages… C'est une des hypothèses retenues par Michel Guéguen et Louis Pierre Le Maître dans leur livre Le cercle de mer

La France  décida enfin de se défendre et le roi ordonna la construction d'un fort sur l'île Cigogne, au milieu de l'archipel. En 1756 une première garnison s'y installe avec de la farine pour 5 ou 6 mois, viande salée, biscuits, légumes secs, 5 barriques de vin et 200 pintes d'eau "au cas ou les communications avec la grande terre seraient interceptées par l'ennemi, ou le mauvais temps". Ce que ne dit pas le rapport c'est que les canons ne peuvent envoyer leurs boulets à plus de quelques centaines de mètres or c'est précisément la distance qui sépare Cigogne de Penfret la grande île dans l'Est de l'archipel ou les corsaires anglais sont installés et continuent de couler des jours heureux. Ils ont d'ailleurs bientôt conclu un accord avec la garnison de Cigogne : "vous laissez nous tranquilles et nous ne tirent pas sur les bateaux qui approvisionnent vous..." Bien à l'abri les anglais vont faire de Penfret la plus riche des îles de l'archipel. Ils construisent deux cales, creusent un troisième puits. Leurs affaires sont prospères et régulièrement, avec la complicité des marins pêcheurs de Concarneau ou le Trévignon, des dames leur rendent visite débarquant sur la côte Est de l'île que tout le monde d'ailleurs appelle port aux anglais.

 
 

   



Après avoir vécu dans les années 60 sur l’île de Penfret, pendant deux ans avec sa famille, l’écrivain breton Jean Pierre Abraham y est revenu au printemps 1994. Logé à Fort Cigogne avec les stagiaires du Centre Nautique des Glénan il y écrit ce livre Fort Cigogne - le temps qu’il faut ou il évoque ces moments passés dans l’archipel
.

   

Fort Cigogne qui militairement ne sert à rien sera définitivement déclassé en 1899 et loué au Laboratoire du Collège de France de Concarneau.

En 1911 une tour de 20 mètres de haut est élevée sur le rempart sud. Peinte en blanc et noir cet amer servira de marque à la Marine Nationale pour des essais de vitesse entre Groix et les Glénan et aujourd'hui aide les plaisanciers dans leurs navigations. Après avoir accueilli successivement les militaires, les scientifiques et les pêcheurs de homards, Fort Cigogne est désormais occupé par les stagiaires du Centre Nautique des Glénans

 

Fortuné Halna du Frétay

Issu d'une vieille famille bretonne originaire de la région de St Brieuc, au milieu du 19ème siècle le baron Fortuné Halna du Frétay passe une bonne partie de sa jeunesse à cheval, chassant le loup avec son père, son frère et quelques amis de leur rang à Kerlaz, près de Douarnenez, sur les terres familiales

A 24 ans il achète au baron Beauchef de Servigny le château de Lesnevar à Beuzec Conq en Concarneau. Il s'y installe avec sa famille mais quelques mois plus tard, après le décès de son épouse, il quitte définitivement cette propriété pour le "château" de l'île Chevalier, sur la rivière de Pont L'abbé, face à l'Ile Tudy.

un vivier et un four à soude

La mer le passionne et à bord de son voilier il découvre la côte cornouaillaise, en particulier les îles Glénan à quelques miles de chez lui. Chaque jour des dizaines de chaloupes, à la voile ou à la rame lorsque le vent est défavorable, font l'aller retour entre l'archipel et le continent pour vendre homards et langoustes capturés entre les îles dans leurs casiers en bois.

Au Glénan Fortuné Halna du Frétay découvre également d'immenses champs d'algues et sa vie en sera transformée. Il se fait entrepreneur. Pour les homards et langoustes il construit un vivier sur l'île St Nicolas et sur le Loc'h un four pour brûler le goémon et en extraire la soude.

Le succès est rapide mais la faillite tout autant. En quelques années le baron aura tout perdu et en 1880 ses meubles seront vendus aux enchères. Il quittera définitivement l'archipel et retrouvera les Côtes d'Armor, sa région d'origine.

à lire : les Robinsons des Glénan de Serge Duigou - Editions Ressac

le four à goémon du Loc'h

On l'appelle bara mor, le pain de la mer. Il sert d'engrais, on l'utilise pour le chauffage, la couverture des maisons et chez les plus pauvres il remplace la balle d'avoine dans les paillasses. On le récolte également pour le brûler et récupérer les cendres vendues à des industriels qui en extraient la soude  servant à la fabrication du verre et à l'élaboration de la teinture d'iode. Au Glénan dès 1784 une vingtaine d'ouvriers goëmoniers normands travaillent pour un négociant de Cherbourg. C'est un travail pénible car à marée basse, dans l'eau jusqu'au genou, il faut couper le goémon à la faucille, le transporter sur des civières, former les dromes que la marée fera flotter permettant de les amener jusqu'aux îles ou dans les dunes ont été creusés des fours. Après avoir séché au soleil le goémon est brûlé, les cendres se solidifiant en refroidissant forment des pains de soude. 

Cette nouvelle activité ne fait pas que des heureux. Les pêcheurs en particulier s'en plaignent. En 1789 ils écrivent au Préfet du Finistère : "des citoyens du Calvados en brûlent en ce moment aussi il n'y a plus un seul poisson dans la baie et l'habitant de Concarneau en gémit car il est de notoriété publique que pour les gens d'ici la seule ressource est la pêche à la sardine que l'on appelle le pain de l'hiver. Nous vous prions, Monsieur le Préfet, de prendre des mesures pour le renvoi des personnes travaillant à cette soude comme contraire et nuisible tant à la pêche à la sardine qu'à celle d'autres poissons.  Pour les pêcheurs c'est la fumée épaisse et acre que dégage le brûlage du goémon qui ferait fuir le poisson mais leur requête n'aura pas de suite*. Quelques années plus tôt en effet deux scientifiques, membres de l'Académie, on démontré que cette fumée n'avait aucun effet néfaste. Pour le prouver il n'avaient pas hésité à prendre de véritables bains de fumée concluant "nous n'avons jamais ressenti la plus légère incommodité, ni la moindre nausée, soit que nous respirations à jeun cette fumée, ou après le repas." Autre preuve, un équipage soupçonné d'avoir le choléra a été contraint à une séance de fumigation; il en est ressorti très sain, plein de gaieté, ayant un appétit qu'il était difficile à satisfaire. 

La récolte et le brûlage du goémon vont donc se poursuivre au Glénan. Témoins de cette époque 2 fours sont encore visibles à la pointe Ouest de St Nicolas. Autre signe, autre témoin la cheminée du Loc'h construite par Fortuné Halna du Frétay.

   

 

Un siècle après les premières expériences goèmonières le jeune entrepreneur Halna du FretaY décidé de relancer cette activité fondant de grands espoirs dans une exploitation industrielle des algues. Sur la côte nord de l'île du Loc'h, la plus grande de l'archipel, il construit un hangar pour le séchage, une étuve et un four surmonté d'une très haute cheminée. Le Préfet a donné son accord en espérant ainsi limiter le nombre de foyers dont les fumées gênent parfois la navigation. Les instructions nautiques de l'époque mettent d'ailleurs en garde les navigateurs sur "l'épais brouillard dû aux brûleries qui gênent la navigation et rendent ces parages dangereux." 

Pour animer son entreprise l'entrepreneur du Frétay a recruté, sur la côte nord du Finistère, des léonards familiers des récoltes et du brûlage. Avec femmes et enfants ils se sont  installés à Drennec, à St Nicolas, à Penfret, au Loc'h. Une famille habite également sur l'île Quignenec un petit tas de cailloux, à peine plus haut que la mer, mais tout autour le plus beau champ d'algues de l'archipel. En 1876 soixante treize habitants permanents sont recensés, la majorité travaillant à cette exploitation du goémon.

Cette aventure ne durera cependant pas longtemps car la concurrence est rude. Elle vient en particulier du Chili qui exporte à bas prix la soude extraite de ses gisements de nitrates riches en iode. Le goémon des Glénan n'est pas compétitif et c'est la faillite de l'entreprise dont il reste seulement la cheminée classée en 1883. Elle sert d'amer pour les bateaux naviguant dans les parages. 

*Sur la côte nord du Finistère les paysans accusent les fumées de flétrir les épis de blé et d'incommoder leurs bêtes. Les goémoniers répondent que c'est pure jalousie, que les paysans craignent tout simplement de manquer un jour de goémon pour engraisser leurs terres. 

les viviers de St Nicolas

Fortuné Halna du Frétay est âgé de seulement 33 ans lorsqu'il obtient une concession sur le Domaine Maritime dans le sud de l'île St Nicolas. En moins d'un an il fait construire un réservoir à crustacés classé en 1870 modèle des établissements de ce genre. Des murs larges de 4 mètres, deux bassins de 38 mètres de long, 23 de large que l'on vide et remplit à chaque marée.

Les pêcheurs de langoustes et de homards qui régulièrement devaient retourner au port pour écouler leur pêche vendent désormais leurs crustacés aux Pêcheries des Iles Glénan. Ils s'installent aux îles vivant en communauté dans des baraques en planches. Dans les viviers homards et langoustes se comptent par milliers et dans la Chambre, entre St Nicolas et Cigogne, les chaloupes venues de Léchiagat, de Loctudy, de Trégunc ou de Névez sont certains jours plus de 100.

Une fois par semaine un bateau vient prendre livraison des commandes qui affluent de toute l'Europe. Le restaurateur parisien Prunier a lancé la mode des fruits de mer. Ils feront la richesse des viviers et quelques années plus tard Halna du Frétay les vendra au restaurateur.

   
 
   
 

les souvenirs
de Jean Castric


Pêcheurs de homards Jean Castric est propriétaire des viviers depuis plus de 40 ans. Il y a aménagé un restaurant réputé "Aux viviers" que l'on appelle plus souvent "chez Castric". Le travail se fait en famille, les femmes aux fourneaux et au service, le fils et le neveu aux casiers pour l'approvisionnement en homards.

 

La pêche commençait en mai autour des îlots se souvient Jean Castric. A partir de 1957 on a commencé à aller plus au large; on pêchait davantage de homards mais c'était prendre des risques avec nos petits bateaux de 5-6 mètres. A l'époque les caseyeurs disposaient de moteurs essence Baudouin de 5/7 CV seulement, 10/12 pour les mieux équipés. Tout le travail se faisait à la main, sans treuil mais la ressource était abondante et chacun ramenait 10-12 kgs par jour, en moyenne. Après sont arrivées les pinasses avec deux matelots et ils déménageait aux îles dès la mi janvier pour fabriquer les casiers.

A l'époque toutes les maisons derrière le vivier étaient occupées, quatre paillasse dans chaque pièce, un réchaud au milieu. Sur le nombre il y en avait toujours un qui allait à terre et qui ramenait des provisions, du beurre, du pain, du vin ou du cidre, de l'essence. Il y avait un jardin et tout le monde bêchait ensemble; on récoltait des légumes, des pommes de terre primeurs.
Il y avait de l'ambiance, des chansons, des parties de cartes, de boules, de galoche. Quand quelqu'un était en difficulté la solidarité jouait immédiatement. Lorsque l'un d'entre nous restait en panne les autres lui relevaient sa pêche .

 

Le narcisse des Glénan

Chaque année fin mars début avril le trafic des vedettes passagers reprend entre le continent et l'archipel des Glénan. But de la promenade : la découverte d'un  narcisse "unique au monde" parce qu'il se reproduit par graine et non par bulbe.
Découvert en 1803 par M. Bonnemaison, un pharmacien quimpérois,  le narcisse des Glénan intéresse depuis longtemps les botanistes qui ont pu craindre, il y a quelques années,  pour la survie de l'espèce lorsque moins de 3000 pieds fleuris furent recensés. Au début du 20ème siècle on les comptait par centaines de milliers. Aujourd'hui les inquiétudes sont néanmoins dissipées grâce aux mesures prises pour sa protection. Pendant la floraison qui dure une quinzaine de jours, entre mars et avril, St Nicolas offre aux visiteurs un superbe tapis jaune pâle. Superbe mais éphémère car très vite les jacinthes des bois fleurissent également donnant de nouvelles couleurs à la seule île "publique" de l'archipel et quelques inquiétudes aux spécialistes car le développement de la petite clochette mauve risque de compromettre celui des narcisses.

 



Des vedettes partent de plusieurs ports pour les Glénan

   

  
 

Une espèce protégée 

 



A la demande de la SEPNB (Société pour l'Étude et la Protection de la Nature en Bretagne aujourd'hui rebaptisée Bretagne Vivante) la partie Sud-est de St Nicolas est classée en réserve naturelle, la plus petite de France avec ses 15 hectares. Pour l'entretenir et la protéger contre l'envahissement des broussailles une dizaine de moutons noirs furent importés d'Ouessant mais des "chiens" les trouvèrent à leur goût et bientôt deux ânes et un poney les remplacèrent. Pas  bêtes du tout ils comprirent vite qu'il était plus nourrissant de s'occuper des restes de pique-niques laissés par les touristes. Il faut dire qu'avec 3000 visiteurs débarquant à St Nic certains jours d'été il y a de quoi s'occuper. Désormais faucilles et débroussailleuses prouvent leur efficacité. 

Parce qu'il se reproduit par graines la cueillette du narcisse est formellement interdite. Un habitué des îles pourrait le confirmer. Il y a quelques années pour avoir voulu offrir quelques fleurs à sa belle et donc enfreint la loi le Tribunal de Quimper l'avait condamné à plusieurs jours de prison avec sursis et à une amende de 3000 francs de l'époque. On ne rigole pas avec une espèce unique au monde.

Unique au monde, presque devrait on préciser. En Espagne et au Portugal on en trouve en effet qui eux aussi se reproduisent par graines tandis que dans l'Orne un pépiniériste propose désormais à la vente une copie du narcisse des Glénan. Dans un article signé François Simon, Ouest France du 12 septembre 2002 révélait qu'à St Jouoin de Blavou, après quelques années de mise au point, un narcisse copie exacte de celui de l'archipel avait éclos et reçu un agrément ministériel pour sa commercialisation. Christian Geoffroy propose donc maintenant, mais seulement à des clients collectionneurs, un narcisse des Glénan made in Orne. L'histoire retiendra également qu'au début des années 30 le curé de Milly dans le Maine et Loire, l'abbé Souillet, avait déjà animé une vente entre amateurs. L'abbé se qualifiait alors de "seul distributeur d'un rarissime narcisse"

 

 

Penfret

 

Les corsaires connaissent bien l'archipel des Glénan et pendant longtemps les anglais de Jersey et de Guernesey en ont fait leur repère. A l'abri ils surveillent toute la côte de Lorient à Penmarc'h abordant et dépouillant barques de cabotages et autres chasse marée. Ils se sont installés à Penfret, y ont construit deux cales, creusé un troisième puit et régulièrement, avec la complicité des marins pêcheurs de Concarneau et de Trévignon, des dames leur rendent visite débarquant sur la côte Est de l'île que tout le monde d'ailleurs appelle Port aux anglais. Lorsqu'un fort est construit sur l'île Cigogne ils concluent un marché avec la garnison et leurs affaires continuent de prospérer. 

L'aventure prend fin quand la France décide de construire un fort 
                            dans le nord de l'île

 

Dès 1745 le marins réclament la construction d'un phare dans l'archipel, un phare pour éclairer les vaisseaux et  empêcher qu'ils ne donnent contre les roches dont ces îles sont entourées de toutes parts. Une lampe à pétrole est allumée le 1er octobre 1838, trente six mètres au dessus de la mer, en haut d'une tour carrée de 24 mètres. Après avoir fonctionnée au pétrole, au gaz puis avec deux groupes électrogènes, depuis 1992 il est alimenté par des panneaux solaires.

Pour les gardiens et leurs familles une grande maison est construite à proximité du phare avec trois logements, une citerne et un petit jardin pour les pommes de terre. Un peu plus au sud, à la ferme, on trouve du lait et du beurre mais le ravitaillement est assuré trois fois par mois par le Protecteur du père Souffès. Il connaît bien les îles; c'est le fils de la ferme.

Autour du phare une caserne est creusée en sous sol, 50m par 40. Dans des salles voûtées une cinquantaine de soldats pourront attendre l'ennemi. Un fossé de plusieurs mètres les protègera...ou aurait pu les protéger car la paix est signée et le fort n'est donc plus d'aucune utilité. Quelques années plus tard cependant il trouvera du service mais avec d'autres soldats, les allemands pendant la deuxième guerre mondiale.

 

L'école est obligatoire, même aux îles,  et à partir de 1883 à Penfret est ouverte une première classe installée dans la maison des gardiens. C'est l'un d'entre eux aidé par un sémaphoriste qui assure l'enseignement à ces enfants de l'archipel. Pas de car scolaire mais des canots à voile et à rames pour les transporter de leur île à l'école, quand le vent, la mer, les travaux des champs le permettent. En 1891 dans l'archipel on compte 39 enfants sur une population totale de 85 sédentaires occupés par les phares, le goémon, la pêche ou la ferme.

Le maërl

   

 

Des îlots
de
sable blanc

 

 

A Concarneau on se souvient de ces grands tas de sable blanc et de maërl qui encore au début des années 70 encombraient le quai Pénéroff face à la Ville close. Sur ces petites montagnes de "grossil" comme on les appelaient, les enfants et les plus grands y récupéraient coquilles Saint Jacques, praires, palourdes roses et oursins qui piquaient les doigts. Chaque année le Syndicat d'Initiative, lors de son Assemblée Générale, dénonçait ces dépôts disgracieux portant atteinte au développement du tourisme. Personne ne les mettaient en cause demandant simplement qu'on les déplacent dans l'arrière port à l'abri des regards des touristes. Depuis les pouvoirs publics ont été interpellés car ces extractions nuiraient à l'environnement de l'archipel. 

Dès la fin du 18ème siècle le propriétaire des îles, Alain de Kernafflen, s'était intéressé à ce maërl d'une belle couleur rouge qu'il perd d'ailleurs aussitôt sorti de la mer. Dans des fours, en le chauffant, il voulait le transformer en chaux mais son projet n'aboutira pas. 

Quelques années plus tard, début du 19ème, pour satisfaire la demande des agriculteurs qui veulent amender leurs terres la pêche au maërl est autorisée, réservée aux inscrits maritimes. Avant la basse mer les chaloupes sont échouées sur la grève. A la pelle les deux hommes du bord forment des tas  tout autour du bateau avant de les embarquer. Dès 1930 les armements   équipent leurs sabliers de bennes permettant de travailler à toute heure, sous la mer, sans avoir à s'échouer.  Quarante ans plus tard des suceuses ont remplacé les bennes. 

Trop performantes accuse en particulier l'association Bretagne Vivante qui craint pour l'environnement de l'archipel car le maërl a une croissance très lente, environ un millimètre par an, or les bancs de maërl constituent un habitat naturel très riche pour toutes sortes de micro algues. C'est l'un des plus riches sur le plan de la biodiversité. Il participe à l'ensemencement de la baie de Concarneau et de l'archipel pour de nombreuses espèces à forte valeur marchande (coquilles Saint Jacques, praires, palourdes, bars, dorades, turbots...) recherchées par de nombreux pêcheurs professionnels du sud Finistère.

A ces arguments les professionnels de l'extraction et de la transformation travaillant dans l'archipel  ont mis en valeur les qualités du maërl dans le traitement de l'eau. En France 50 départements ont ainsi recours au maërl des Glénan pour rendre l'eau potable ou pour le traitement dans les stations d‘épuration. Mais cet "or blanc" est également réclamé pour les amendements et la fabrication de nombreux produits cosmétiques, dans l‘alimentation, dans les litières pour chat ... 

 



En octobre 2005, par décret, l'État a accordé une dernière concession aux sabliers, pour les seuls besoins du traitement des eaux, dans une zone de 50 hectares. Les deux dernières sociétés titulaires de cette concession des Glénan ont été autorisées à extraire 45.000 tonnes de maërl en2007 et 2008 et seulement 20.000 en 2009 avant la fermeture définitive du site en 2011

En Bretagne le maërl des Glénan représente aujourd’hui moins de 10% des 500.000 tonnes produites chaque année essentiellement dans les Côtes d’Armor, à Paimpol, Erquy et dans le chenal du Trieux

 

 

Centre Nautique
des Glénans

 

 

Créé après la deuxième guerre mondiale
le Centre nautique des Glénans est devenu
la première école de voiles en Europe

 


 L'Archipel touché mais pas coulé

14 avril 2010 - L'Archipel, à moitié coulé,  est rentré à Concarneau en remorque derrière la vedette de la SNSM de Trévignon.  A mi route entre  les îles et le port le bateau de service du Centre Nautique des Glénan s'était rempli d'eau obligeant les 2 hommes d'équipage à abandonner le bateau après avoir lancé un signal de détresse. Ils étaient récupérés par un plaisancier et peu après 2 grosses pompes amenées par la SNSM tentaient de vider l'Archipel mais en vain. Une troisième livrée par un hélicoptère n'y parvenait pas non plus et c'est un bateau immergé jusqu'au pont qui retrouvait son port d'attache. Les dégâts sont importants.

En 2008 l'Archipel avait déjà subit de gros dommages lors d'un incendie à bord.

 

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Lachèvre yvon (c) 2010