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Les débuts de la sardine

NICOLAS APPERT

"La sardine toute une histoire" un livre de Yvon Lachèvre
 

Au début du 19ème siècle le scorbut continue de faire des victimes. Les nourritures salées, pressées ou séchées remplissent l'estomac mais les marins meurent encore du scorbut par manque de vitamines. Soucieux de la santé de ses hommes embarqués quelques fois pendant de long mois pour faire du commerce ou la guerre le Gouvernement français offre une prime de 12.000 francs à celui qui trouvera le meilleur procédé pour proposer une alimentation saine lors des voyages au long cours. 

 

Originaire de Chalons sur Marne, né d'un père cuisinier, Nicolas Appert après plusieurs années d'expérimentations a mis au point une nouvelle technique de conservation des aliments en les chauffant au bain marie après les avoir enfermés dans des bouteilles ou des bocaux hermétiquement clos. L'amiral Caffarelli préfet maritime de Brest fait tester quelques unes de ces "conserves" et après plusieurs mois de navigations leur contenu est jugé d'excellente qualité.

   

En 1810 le ministre de l'intérieur accorde donc la prime promise à Nicolas Appert mais sous réserve qu'il décrive très exactement les détails de l'appertisation. "Le livre de tous les ménages" est ainsi publié, Nicolas Appert fait Bienfaiteur de l'Humanité mais, mais sa découverte  ainsi tombée dans le domaine public il n'en profitera pas financièrement.

En 1841, à 91 ans, il est enterré dans une fosse commune, quittant ce bas monde totalement ruiné.

 
Au son du clairon

 


Pour mener ses expérimentations Nicolas Appert utilisait des bocaux en verre hermétiquement fermés par plusieurs couches de liège. C’est efficace mais c’est lourd et fragile et dès 1815 ils sont remplacés par des boîtes en fer blanc. Dans tous les grands ports sardiniers des ouvriers soudeurs vont ainsi s’installer pendant l’été pour fabriquer à la main les boîtes et souder les couvercles... avec du plomb pendant les premières années. Fortement syndicalisés ils s’opposeront à l’implantation des machines qui signeront la fin des fers à souder. En février 1911 ils contesteront même les conclusions de l’expertise demandée par les usiniers pour vérifier l‘état des boîtes ayant subi "le test du Belem".

Cent quatre boîtes au total, prélevées chez Pellier aux Sables d'Olonne, chez Cassegrain à St-Gilles-Croix-de-Vie, Amieux à Sauzon... ont été embarquées à bord du trois-mats. Pour comparer, en plus de ces boîtes fabriquées et fermées à la machine, ont également été stockées dans les cales soixante seize boites, celles-ci entièrement faites à la main. Un voyage de six mois, Nantes-Cayenne, aller-retour, avant de confier la cargaison aux scientifiques de l'Institut Pasteur. Ils  concluront que les boîtes fermées mécaniquement présentent au point de vue de l’hygiène des garanties au moins égales à celles des boîtes soudées.


Le
26 décembre 1894 le commandant la brigade de la gendarmerie de Pont-Croix rend compte de la manifestation organisée par les boîtiers-soudeurs d'Audierne et de Poulgoazec. Ils ont manifesté contre M. Gautier, fabriquant de boîtes de sardines qui a livré à Saupiquet de Plouhinec des boîtes confectionnées à la machine. D'après le fabriquant, pour faire le même travail elle n'emploie que quatre ouvriers, au lieu de dix. A partir de ce moment les ouvriers de la métallurgie seront tous unis contre la machine. Et leurs manifestations seront parfois très violentes.

Celle du 14 juillet 1902, est restée dans l’histoire sous le titre « Pillage d’une usine sardinière au son du clairon« . A Douarnenez elle n’aura duré que quelques heures mais 12 manifestants se retrouveront sur les bancs du tribunal de Quimper.

 
Il s'appelle Coublant. De l'avis de tous c'est lui qui a excité la foule avec son clairon.

Les ouvriers soudeurs se sont formés en cortège soit disant pour aller acclamer le maire devant sa maison. Chemin faisant ils passent devant l'usine Masson et Ducreux, fabrication mécanique de boîtes de sardines, dans les locaux de l'ancienne usine Amieux.

Que s'est il passé? Les témoignages ne concordent pas tous mais parmi les éléments incontestables il y a en tête du cortège un drapeau tricolore, dont certains d’ailleurs ne verront que le rouge, sur lequel est inscrit "Vive la main d'oeuvre! A bas la machine". Des cailloux sont lancés pour casser toutes les vitres des fenêtres de la maison du gérant, M. Le Merdy. Un manifestant lui a crié. "Manchot tu n'as qu'un bras, mais nous te casserons l'autre". Après on ne sait plus. Par l'arrière les manifestants, ils sont plus de mille, pénètrent dans l'usine. Ce fut alors une scène indescriptible. Les assaillants, ivres de fureur, se servent pour frapper de tout ce qui leur tombe sous la main. Les machines sont toutes mises hors d'usage. A un moment donné on essaya même d'incendier l'usine en plaçant des morceaux de caisses sur la forge renversée.

Pendant ce temps, sur le toit de l'usine, Coublant sonne la charge et l'appel au feu. M. de Penanros, le voisin, l'a très bien entendu. M. Francis Martin, usinier, également. Il a même entendu sonner la retraite

Une larme perle au bord de ses yeux lorsque Coublant répond au Président du Tribunal qu'il ne connaît pas les sonneries. Je n'ai pas été au régiment. Je n'avais aucun but assure-t-il en pleurant.

Son avocat Me de Chamaillard n'admet pas la complicité par la musique. Messieurs les jurés vous acquitterez Coublant et en ce faisant vous ne le guérirez d'aucun défaut car il n'en a pas, mais vous lui ferez passer le goût de la musique.

Le Procureur de la République Bonessel a entamé un autre air. Voir côte à côte le drapeau rouge et le drapeau tricolore, c'est une insulte au drapeau national. A l'adresse des jurés : si vous absolvez cet acte, ce serait admettre l'anarchie pure.

Le clairon et les autres accusés sont condamnés à deux ans de prison.

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(c) lachevre yvon - 2010