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LE PROTECTORAT FRANCAIS

 

Pour le Maroc les débuts du 20ème siècle sont agités. Les espagnols, les allemands et bien sûr les français lorgnent sur le pays et dès 1906 s’installe  une tutelle franco-espagnole. Trois ans plus tard l’Espagne entreprend la conquête du nord marocain tandis que des tribus s’insurgent contre l’autorité du sultan Moulay Hafid qui réclame l‘aide de La France. Elle arrive en courant et le 30 mars 1912 est signé le Traité du Protectorat. Cette signature déclenche de violents combats parmi la population, particulièrement à Fès. Nommé premier Résident général au Maroc Hubert Lyautey réussit en quelques semaines à rétablir le calme, à prendre Marrakech. Il transfère la capitale à Rabat.

Même s’il conserve son pouvoir spirituel le sultan n’a plus désormais qu’un rôle de façade mais il sera respecté par le Résident Général qui pendant 13 ans considérera que le protectorat n’était qu’un état transitoire devant inéluctablement aboutir à l’indépendance du Maroc. Un ambassadeur français ayant résidé à Mogador pourra ainsi écrire : "Alors que le Maroc était l'objet d'une compétition acharnée entre les diverses puissances, le Sultan Moulay Hafid, en danger à Fès, fit appel aux forces françaises pour l'aider. D'où le Traité de Protectorat de 1912 signé entre deux Etats Souverains, et dénoncé plus de 40 ans après par une autre négociation entre les deux Etats Souverains concernés. Le Sultan - c'est très important - restait le Maître de son pays sous la protection et non la souveraineté de la France. A ce principe fondamental, jamais le maréchal Lyautey n'a dérogé, pas plus que ses successeurs".

     
   
 

L'avenue du Chayla.
Depuis  l'indépendance elle s'appelle Place Moulay Hassan.
Sur la droite Le Café de France a gardé son charme début du 20ème siècle

 
       


En 1927 le jeune Sidi Mohammed devient sultan. Il veillera à ce que le protectorat ne dégénère pas en colonie et restera  intransigeant sur la souveraineté de son pays. Lorsque le gouvernement de Vichy décida d’étendre au Maroc les lois anti juives en application en France et en Algérie il opposera ainsi un refus catégorique affirmant que les juifs vivant au Maroc étaient des  marocains et qu’il n’était pas question de créer un précédent dans le domaine de l’unité nationale.

Après la deuxième guerre mondiale le sultan réclamera avec insistance l’émancipation de son pays, en particulier lors de son discours du trône en 1952. Ce discours provoquera la colère des français et quelques semaines plus tard il sera arrêté avec son fils Hassan. Embarqué à bord d’un avion militaire ils passeront deux ans en Corse puis à Madagascar. Les actes "terroristes" se multiplieront en signe de protestation tandis que la résistance s'organisera. La France qui doit par ailleurs faire face à deux conflits, en Algérie et à Dien Bien Phu, signe avec le sultan la « Déclaration de la Celle Saint Cloud ». Elle met fin au Protectorat et rétablit la totale indépendance du Maroc. En  novembre 1956 il rentre au pays dans la liesse générale. Il devient Mohamed V, premier roi du Maroc. Port Lyautey est rebaptisé Kénitra et  Mogador s'appelle Essaouira...

       
Chaque année depuis l'indépendance, le 18 juin, le Maroc fête la journée de la Résistance, le jour ou en 1954 arrêté à Casablanca par les autorités françaises Mohamed Zerktouni
"a préféré se donner la mort que de se voir contraint sous la torture de divulguer les secrets du mouvement et dénoncer ses compagnons de lutte. Il a rendu l'âme dans l'honneur et la dignité juste après son arrivée au commissariat"
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Devenu roi Mohamed V, dans son discours du trône soulignera que l'indépendance du Maroc "ne doit pas signifier un  relâchement des liens avec la France car l'amitié des deux pays est solidement enracinée et remonte loin dans l'histoire"

     
         

Le Maréchal Lyautey et le jeune sultan Sidi Mohamed, futur roi du Maroc

 
               

Souvenirs du Protectorat

Par David Bensousan - Le Fils de Mogador

Sur le boulevard Front de Mer où de mon temps il y avait affluence des élèves des écoles musulmane, française et celle de l’Alliance, on ne trouvait plus que des hôtels. Le Chalet de la Plage existait encore. À la place de l’Horloge, l’ancienne synagogue Koriat qui faisait face à ma maison, avait été convertie en café. La légendaire pâtisserie Driss était toujours là. La Place du Chayla pullulait maintenant de vacanciers en tenue légère. Jadis, on ne s’y promenait qu’endimanché et le Café de France résonnait des rires des soldats français en permission. L’ancien club qui rassemblait tout le gratin de la ville n’existait plus.
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à côté de La Civette, le Tribunal puis le Café de France

Toutes les rues de la Kasba étaient maintenant pavées, tout comme si on avait cherché d’emprisonner sous leur dalle le souvenir des jeux de billes, de tiro (sorte de baseball) ou de ballon, des concours de course à vélo, des bruits de canne des vieillards à la vue baissante, des passants qui se saluaient du chapeau à longueur de journée, des échos des premiers disques de mambo, de Dalida, de Tino Rossi ou de Dario Moréno, des appels du marchand de lait et de petit-lait qui remplissait les bouteilles à partir de bidons métalliques, du vendeur de zabane, nougat collé sur un bâton, du vendeur de pommes rouges sucrées ou même de la joyeuse trompette de mol zbel, l’éboueur. Même les coups d’horloge répétés naguère toutes les quinze minutes, étaient rendus muets. Tout semblait être enfoui dans une léthargie fantomatique.

David BENSOUSSAN 1947 né à Essaouira, installé au Québec, dirigeant communautaire, professeur à l’École de Technologie supérieure de Montréal
 

Par Ami Bouganim, Le berceau du vent

… La malheureuse ville vivait sur ses souvenirs, ruminant sa grandeur passée, ses titres consulaires et ses grands désenchantements coloniaux. Quarante ans après l’instauration du Protectorat, elle continuait d’attendre l’événement qui la tirerait de sa dégradante retraite et lui donnerait une nouvelle vocation historique.

Les bateaux n’entraient plus dans son port, ils mouillaient au large où des péniches remorquées à des chalutiers allaient les décharger de leur thé de Chine et les charger d’amandes du Souss. Mogador ne connaissait plus les terreurs des bombardements ni les émois des grandes livraisons. Elle était en marge de l’histoire, au ban du ciel, à la croisée des vents, et elle végétait, comme toutes ces vieilles filles qui attendaient, derrière les volets clos de leurs maisons, la proposition de quelque prétendant princier poussé sous leurs balcons par les vents entremetteurs. Plus elle déclinait et plus elle rêvait ; et plus elle rêvait et plus elle dépérissait.

 

 


Les gens de la casbah, descendants pour la plupart des Courtiers du Roi et de leurs rabbins, ne pouvaient se résigner à leur déchéance. S’ils ne parlaient plus autant l’anglais, ils n’en continuaient pas moins de vivre au rythme et à la manière de l’Angleterre. Leurs maisons ressemblaient à des musées, encombrées d’antiquités et de vieilleries incrustées de souvenirs, et leurs traits à des armoiries, beaux et laids à la fois. Les Français habitaient désormais les villas qu’ils s'étaient construites sur le bord de mer. Ils donnaient certes l’impression, comme tous les colons du monde, d’être là sans être là, mais ils avaient leur Mogador aussi : une manière bien à eux de s’insinuer entre ses remparts, de rencontrer ses gens, de braver ses autorités. Ils n’étaient ni plus ni moins épris des lieux que leurs compatriotes juifs ou musulmans, ils étaient contaminés par les insinuations pudibondes des vents, les embruns obscurs des vagues, les chuchotements des araucarias. Ils étaient au paradis et passaient leur ennui en brimades de Musulmans, en vexations de Juifs, en bals dansants et en lectures de journaux et de revues qui retraçaient, avec des semaines et des mois de retard, les modes et les crises qui secouaient le grand monde duquel ils s’étaient retirés pour mieux assister, de loin, à ses engouements et à ses ébats. Ils ne travaillaient pas, ils géraient leurs domaines ou leurs conserveries. Ils étaient les nouveaux maîtres de la ville sans en être les héritiers, des intrus peut-être, qui n’en avaient pas moins bouleversé les mœurs. Les vents portaient désormais des noms français, l’Océan rendait les échos de la Marseillaise, mon père portait leur béret noir et ma mère me chantait des berceuses lorraines.
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En premier les courtiers qui ne travaillaient plus depuis des générations, gérant des rentes dont nul ne savait d'où elles venaient ni à combien elles s'élevaient, les plus désargentés se résignant tout de même, bon gré, mal gré à commercer avec les gens du mellah, sans toutefois pousser leur renoncement jusqu'à se risquer dans ses ruelles empuanties. Ils s'étaient mis au costume et à la cravate, chaussaient des mocassins blancs et tenaient un journal roulé à la main. Chaque jour, réglés comme une horloge, ils s'acquittaient dune tournée de la casbah pour prendre leurs nouvelles chez les commerçants et percevoir par la même occasion leurs intérêts, et échouaient immanquablement au Club pour les anglophiles ou au Cercle pour les francophiles. Ils ne donnaient même plus l'impression d'attendre un bateau ou de se séparer d'un bateau et s'ennuyaient tant qu'ils sautaient sur le premier incident domestique venu pour lui donner toute l'ampleur d'un scandale cosmogonique. Un décès inattendu les plongeait dans cette morosité où ils recouvraient leurs maux imaginaires et s'attelaient au remaniement de leurs testaments dans la perspective dune mort imminente.

Une invasion de sauterelles, un dévergondage des vagues, une éclipse du soleil les incitaient encore à se livrer à des exercices pénitentiels destinés à prévenir les catastrophes, encore plus terribles, que ces signes annonçaient. Ils ne conservaient encore leurs entrepôts, désormais vides, que parce qu'ils constituaient une raison sociale, une marque de grandeur et de noblesse, une raison d'espérer et parce qu'ils ne trouvaient pas acquéreurs. Les portes condamnées par des chaînes et de lourds cadenas, percées de petites ouvertures circulaires pour permettre aux chats, grands souriciers de Mogador, de traquer les rats qui s'attaquaient aux poutres de soutènement. Il arrivait encore que l'un deux se procure un lot d'amandes, mobilise une cohorte de trieuses et se mette à chercher un acheteur de par le monde ; il arrivait même que lun deux se rende à Casablanca pour prendre le bateau de Manchester ou de Marseille, mais c'était la plupart du temps pour préparer son propre départ, recevoir sa part dans un obscur héritage ou tenter de prévenir le mariage d'un de ses fils ou petits-fils avec une étrangère…

AMI BOUGANIM, écrivain, éducateur, conseiller pédagogique auprès de l'Alliance israélite universelle. né à Mogador. Il est lauteur d'essais philosophiques, dont le Juif égaré et Le Rite et la Rime, d'oeuvres de fiction (Récits du mellah, Le cri de l'arbre), d'anthologies (L'Or et le Feu - Le judaïsme d'Espagne), et de nombreux manuels didactiques

 

Par Eric Martin, Mellah et merveilles à Mogador

…Il y a un demi-siècle, Essaouira était un poste avancé du commerce européen. Les bateaux remplis de sacs d'amandes, thé, olives, plumes de paon partaient vers l'Angleterre ou l'Allemagne, faisant vivre toute une société cosmopolite. La Gazette d'Essaouira donnait les horaires de départ des navires, on se retrouvait au club anglais ou aux Galeries nouvelles, le grand magasin de la place Moulay-Hassan, aujourd'hui transformé en agence de l'Office national d'électricité. Le protectorat français offrait ses écoles et ses hôpitaux, et le linge sale était envoyé à laver à Manchester. Place Moulay-Hassan, à la terrasse de l'hôtel Beaurivage où il fait toujours bon faire halte, il faut imaginer ce temps où les messieurs chic appelaient le serveur en tapant du doigt sur leurs cols amidonnés.

Les Français étaient médecins, fonctionnaires. Les Arabes tenaient les boutiques d'artisanat. Et les grandes familles de négociants étaient juives, héritières des Tujjar al-Sultan, «les négociants du roi». Elles avaient accouru de tout le Maroc, en 1765, à la demande de Mohammed III. Le sultan avait décidé d'établir ici le grand port de son royaume et d'en faire le point de liaison avec les caravanes venues d'Afrique...

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