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Hommage à Mahmoud
Akherraz
par Abdelkader Namir
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.Durant sa longue vie, il a exercé de
multiples métiers (boucher, cocher…) au bon vieux temps…Tout au long
de sa jeunesse, il a été de toutes les lilas de sa confrérie où il
s’initiait à la maîtrise de leur rituel et de leurs instruments à
l’exception du guembri, objet à la fois sacré et maléfique pour
celui qui ose s’en servir sans pouvoir honorer ses engagements. Il a
aussi occupé, un certain temps, la fonction de moqadem de la zaouia
gnaoua de Sidna Bilal à Essaouira.
Comment est-il devenu sacrificateur ?
"Un jour, raconte
son fils, à la suite du décès de son prédécesseur
(1) le chef des gnaoua, maâlem Da Messaoud
(2)
désigna mon père dans son nouveau rôle de sacrificateur officiel de
la confrérie, parce qu’il était le seul à répondre aux critères de
cette délicate fonction. Au départ, mon père refusa. Mais maâlem Da
Messaoud le convainquit en l’assurant de la baraka des gnaoua (ce
pouvoir surnaturel bénéfique et protecteur pour celui ou celle qui
en est dépositaire). Alors il accepta".
Da Mahmoud a été également sacrificateur de la confrérie populaire
rurale des regraga, lors de son passage à Essaouira.
Quelles étaient ses activités
artistiques ?
Il a toujours participé aux activités des gnaoua non seulement à
Essaouira, mais aussi dans d’autres villes du Royaume et même en
Europe du sud ouest. Il faisait partie du groupe Tyour Gnaoua fondé
par Abdesslam Alikane (célèbre maître et directeur artistique des
festivals gnaoua). Da Mahmoud a été immortalisé par l’écrit, par
l’image inanimée mais aussi dans des vidéo, reportages et
documentaires. Dès 1982 on le voit dans une belle scène du film «Alhal-transe»
d’Ahmed Elmaânouni sur le mythique groupe folk Nass Elghiwane. Dans
cette scène superbe, on voit Da Mahmoud, avant de procéder au
sacrifice d’un mouton, aux limites de la transe, exécuter une
superbe danse au poignard, au rythme du guembri d’un autre grand
maâlem Abderrahmane Paco (à qui je souhaite un prompt
rétablissement).
D’où lui vient cette espèce d’aura de mystère ?
Da Mahmoud c’était un personnage d’un autre monde, celui des
mlouks, de l’invisible, du surnaturel, du mystique. Il nourrissait
aussi bien les humains que les Autres. Il semblait maskoun, habité
par une entité surnaturelle invisible qui lui tenait toujours
compagnie. D’autres mlouks le guettaient parce qu’il les nourrissait
de sang et d’encens pendant les lilas rituelles.
Il était le dernier de sa génération, celle des grands pères des
actuels maâlem
(Guinéa, Gbani soudani …). Il était le seul et unique
sacrificateur de la confrérie. Il avait un tempérament calme, doux,
pacifiste. Il était très modeste, sociable, aux propos toujours
pleins d’humours. Le sourire ne quittait jamais ses lèvres. C’était
l’un des personnages singuliers de la ville d’Essaouira avec son
costume aux couleurs gnaoua qui le distinguait du reste de la
population. Il s’exprimait peu en mots, mais assez à travers les
autres codes gestuels, vestimentaires, mimique…
En quoi consistait sa fonction au sein de la confrérie?
En tant que sacrificateur, il maîtrisait le rituel des gnaoua
(sacrifice, aâda, kouyou et lila). Au cours de la cérémonie du
sacrifice, il savait quand, comment et où faire usage des encens,
des différents objets de la cérémonie, quelle partie de l’animal
immolé doit-on consommer juste après le sacrifice et quelle autre
doit être réservée pour le dîner…
A-t-on assuré la relève des gnaoua ?
Da Mahmoud a laissé derrière lui des enfants nécessiteux : deux
filles et deux garçons. L’un de ses fils qui fait partie du groupe
Tyour Gnaoua est un maâlem confirmé qui depuis longtemps participe
aux festivals et voyages au Maroc et à l’étranger. La relève est
dans ce sens assurée en partie grâce à Da Mahmoud, mais aussi grâce,
avant tout, au Festival Gnaoua et Musique du Monde (fondé par André
Azoulay et professionnellement dirigé par Neila Tazi). La relève
s’est affirmée, encore davantage, avec le Festival Jeunes Talents
Gnaoua (initié par Abdeslam Bikrate et dirigé par Abderrahim
Elbertai). Ce festival qui motive les jeunes gnaoua marocains est
une belle stratégie d’encouragement. Et au cœur de cette stratégie,
la compétition concernant la maîtrise du guembri, tambour, voix et
prestations scéniques. Tout cela et le reste prouve qu’une école
souirie du gnaouisme à ciel ouvert existe bel et bien.
Tagnaouite (le gnaouisme) d’Essaouira a commencé à faire des
émules dans les autres villes du Maroc, chez nos voisins en Algérie,
en Tunisie, en Europe et probablement bientôt dans les pays du Sahel
où les descendants des ancêtres des gnaoua nous louchent sur
l’héritage commun de leur passé.
Une autre école, institutionnelle cette fois, avec un programme
et autres moyens adéquats offrira un cadre où l’on peut dispenser un
enseignement facilitateur, mieux organisé de la musique gnaoua, de
leurs rituels, leur répertoire, leur histoire, les autres musiques
auxquelles elle est apparentée (diwan en Algrie, stambali en
Tunisie, haussa et bori au Niger, zar en Ethyopie et au Soudan,
condomblé au Brésil, vaudou à Haiti…).
Abdelkabir Namir
(aboukaoutar@hotmail.com)
(1) père du fameux maître Hajoub Soudani
et grand père des actuels maâlem Allal, Najib et Azouz Soudani)
(2)
père du célèbre maalem Boubker Guinéa et grand père des maâlem
Mahmoud et Mokhtar)
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