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     L'île Mogador

 
Découverte d'Essaouira
 

Les premières fouilles archéologiques effectuées sur l’île de Mogador à partir de 1950 ont mis à jour de nombreuses traces (restes d’amphores, de céramiques, pièces de monnaies…) permettant de situer la première occupation de l’île à l’époque phénicienne, milieu du VIIème siècle - début du VIème siècle avant J.C. Il s’agit du site phénicien le plus éloigné à l'ouest de la Méditerranée. Il servait d’escale sur la route de l’Afrique noire.

Les fouilles ont également permis de déterminer qu’après le passage des grecs les romains vont pour la première fois occuper Mogador de façon permanente à la fin du premier siècle avant J.C. Ils vont y créer des fabriques pour extraire la pourpre à partir du murex un coquillage que l’on trouvait en abondance sur ces îles auxquelles on donna alors le nom d’îles Purpuraires.

 
 


A quelques centaines de mètres
de la plage et du port d'Essaouira
l'île Mogador couvre 300ha.

 
 

Le Murex



Le Murex et le murex pecten-le peigne de Vénus. Selon la légende la belle se peignait avec ce coquillage

 


La pourpre lorsqu’elle est appliquée donne au tissu une couleur rouge vive avec des reflets variant du bordeaux au violet. Le rouge, couleur du sang, était dans l’Antiquité le symbole de la puissance temporelle et spirituelle, de majesté, de légitimité. Le rouge pourpre ornera bannières, blasons et toges, en particulier celle des sénateurs romains. La pourpre était donc très recherchée par toute l‘aristocratie romaine qui assura le succès de Mogador. La religion catholique réserve toujours la couleur pourpre à ses cardinaux.

 

   
       
       

Après macération dans l'eau de mer pendant 3 jours puis ébullition suivie d’une exposition au soleil, sous l'influence de la "purpurase", un ferment soluble, le colorant secrété par les glandes du murex initialement jaunâtre, virent d'abord au vert, puis au bleu, au rouge foncé et finalement à la "pourpre". Près de dix mille de ces mollusques était nécessaire pour en extraire un gramme.

        Les romains quittent les îles Purpuraires vers la fin du 3e siècle et il semble qu’elles aient alors été abandonnées pendant plusieurs siècles.
 

Quelques siècles après le départ des romains les Européens s’intéressent à nouveau à l’île Mogador car sa situation est désormais considérée comme stratégique pour contrôler les côtes du nord de l’Afrique atlantique.

 
 

Pour assurer la sécurité de ses bateaux qui mouillent à l’abri de Mogador le roi du Portugal, en 1506, fait construire un fort, à terre face à l‘île, là ou vraisemblablement quelques années plus tard on construira la skala du port. Cent vingt ans plus tard, en 1626, le cardinal de Richelieu, pour la France, demande au Chevalier Isaac de Rasily d’occuper l’île, une affaire qui n’aura pas de suite car la position semble trop difficile à tenir. Viendront également les espagnols avant que le Sultan Sidi Mohamed Ben Abdallah décide de faire de Mogador le grand port de son territoire, au milieu du 18ème siècle.

 

La prise de Mogador

   
 

Au début du 19ème siècle l’intervention de la France en Algérie va détériorer les relations franco-marocaine, jusqu’à la guerre. Mis en demeure d’expulser Abd el Kader « révolté » algérien qui s’est réfugié à la frontière entre les deux pays, le Maroc décide de soutenir les musulmans d’Algérie contre l’invasion chrétienne. La France y trouve prétexte à une intervention militaire et après avoir bombardé Tanger, quelques jours plus tard, le 14 août 1844, c’est au tour de l’île Mogador d’être prise sous le feu des canons des vaisseaux français placés sous le commandement de l’amiral Prince de Joinville.

La flottille composée des vaisseaux le Jemmapes, le Suffren, le Triton, des bricks l'Argus et le Cassard, de la frégate la Belle-Poule et de quelques bateaux à vapeur arriva sur zone le 12 août mais en raison de la tempête l’attaque était repoussée au 14. Après avoir mis les batteries marocaines hors d’état 500 hommes y débarquèrent avant de s’élancer à l’attaque de la ville qui tomba à son tour.

Une prison sur l'île

En 1894 des tribus se révoltent contre le nouveau et très jeune sultan Moulay Abdelaziz. Les révoltés assiègent Marrakech mais c'est un échec. Pourchassé par l'armée du Sultan, leur chef Tahar Ben Souleiman est fait prisonnier quelques mois plus tard. Enchaîné avec d'autres  révoltés, à pied ils rejoignent Mogador ou ils vont purger leur peine sur l'île. En 1897 une prison est spécialement construite pour eux. Une prison qui se résume à un mur d'enceinte, les prisonniers enchaînés par 10 dormant à la belle étoile dans les conditions sanitaires qu'on imagine.

Après quelques mois ils réussiront néanmoins à s'échapper  mais la plupart se noieront avant d'atteindre le rivage ou seront tués par balles tirées de terre par les soldats alertés de l'évasion. ("Si Mogador était contée" -   editionseddif@yahoo.fr )

Dans la partie sud de Mogador la prison entourée d'un haut mur infranchissable. Pour s'échapper les prisonniers creuseront un tunnel mais les vents et les vagues feront échouer leur tentative.

 


LE LAZARET
de l’italien lazaretto : lieu de regroupement des lépreux et par analogie de tous les contagieux qui y sont mis en quarantaine, également de l’italien quaranta giorni


Depuis qu’elle avait été « envahie» par les français l’île  Mogador était considérée comme impure et les soldats marocains qui y stationnaient refusaient désormais de prier dans la mosquée sur laquelle avait flotté le drapeau de l’ennemi chrétien. Lorsque le délégué sanitaire de Mogador proposa quelques années plus tard, en 1858, d’y installer un lazaret pour accueillir les pèlerins de retour de la Mecque la réponse fût donc négative. Mais l’accueil des Hadji posait de véritables problèmes de santé publique et en 1865 412 pèlerins dont certains avaient contracté le choléra étaient débarqués du bateau le Christiana pour une quarantaine sur l’île.
 

 

 

Lorsqu’ils se déplaçaient en caravanes à dos de dromadaires la durée du voyage pour rejoindre la Mecque et en revenir faisait office de quarantaine ambulante et le temps luttait efficacement contre les épidémies. Au milieu du 19ème siècle le bateau plus rapide avait pris le relais et pour éviter la propagation d’épidémies de peste, de choléra, de typhus …il était nécessaire de consigner les pèlerins quelques semaines à leur retour. L’île Mogador avait été choisie comme étant l’endroit le plus isolé et le mieux approprié de la côte marocaine mais certains témoins de l’époque affirmeront que le lazaret n’existe pas véritablement "car on ne peut pas donner ce nom à un rocher sur lequel sont installées une centaine de tentes pour recevoir plusieurs centaines de personnes" …

Quoiqu’il en soit à partir de 1874 il est décidé : "tous les bâtiments arrivant dans les ports du Maroc avec des passagers destinés pour ce pays, provenant des ports du Levant à lest de lAlgérie, seront obligés de quitter immédiatement le port et de se diriger à lîle de Mogador, pour y débarquer leurs passagers, lesquels subiront dans lîle une quarantaine de dix jours pleins. A lexpiration de ce terme une visite aura lieu et la quarantaine sera prolongée sil est jugé nécessaire".

     
 



Après avoir débarqués leurs passagers les bateaux sont autorisés à reprendre la mer mais sils ont transporté des malades soit de la peste, soit du choléra, ou ayant en route eu des décès causés par de telles maladies, seront renvoyés de tous les ports du Maroc pour aller purger la quarantaine dans un lazaret dEurope au choix du capitaine
.

 


La route de La Mecque

par Mouna Hachim

 

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